Jos Montferrand : Ne vous cassez pas la tête, il s'en charge!

De ce côté de l'Atlantique, l'Histoire n'a pas le même poids que sur le vieux continent. Ici pas de châteaux forts ou de cathédrales gothiques pour marquer le paysage, comme le chantait Gilles Vigneault " mon pays c'est l'hiver " mais c'est aussi ses forêts et ses lacs. C'est aussi ses légendes que l'on se racontait dans les veillées dans les chaumières de Beauce ou les chantiers de bois de l'Outaouais. Un de ces personnages mythiques s'appelle Joseph Fabre plus connu sous le nom de Jos Montferrand, c'est son histoire que je vais vous compter à mon tour.

De ce côté de l'Atlantique, l'Histoire n'a pas le même poids que sur le vieux continent. Ici pas de châteaux forts ou de cathédrales gothiques pour marquer le paysage, comme le chantait Gilles Vigneault " mon pays c'est l'hiver " mais c'est aussi ses forêts et ses lacs. C'est aussi ses légendes que l'on se racontait dans les veillées dans les chaumières de Beauce ou les chantiers de bois de l'Outaouais. Un de ces personnages mythiques s'appelle Joseph Fabre plus connu sous le nom de Jos Montferrand, c'est son histoire que je vais vous compter à mon tour. Nous sommes en 1802. La France de révolutionnaire est devenue Napoléonienne et se désintéresse de sa lointaine ex-colonie outre atlantique, trop réactionnaire pour nos bons réducteurs de têtes. Le bas-Canada, puisque c'est son nom à l'époque, est de toute façon sous le joug de l'Angleterre depuis quelques dizaines d'années et la tragique défaite de la France sur les plaines d'Abraham devant la ville de Québec. Le commerce des fourrures qui avait fait la richesse de Montréal est en crise et les canadiens-français, désormais traités en citoyens de seconde zone par les Anglais, vont se tourner vers une autre industrie : le commerce du bois. En 1802 donc, naît Jos Montferrand dans un faubourg de Montréal. Son père est déjà connu pour être un homme fort, mais le petit Jos va bien vite le dépasser. À 16 ans, il mesure déjà près de 2 mètres (6'4 comme on dit ici) alors que la moyenne à l'époque se situe autour de 1m55. Pour couronner le tout, il excelle aussi en boxe. Pour gagner sa vie, il relève les défis que se lancent tous les voyous que peut compter le port de Montréal, en particulier les Anglais, inventeurs de ce sport. Fasciné par les voyages, il quitte Montréal pour Kingston puis part dans le Nord travailler pour la compagnie de la Baie d'Hudson. Les canadiens-français sont de loin les meilleurs explorateurs de ce pays. Ces coureurs des bois baptiseront d'ailleurs bons nombres de lacs et rivières de Montréal à Vancouver.

Sa force exceptionnelle et l'appel de main d'œuvre l'amène bientôt dans la région de l'Outaouais. Les belles forêts qui bordent ce qui est désormais la capitale du Canada, Ottawa, attirent des milliers de travailleurs du printemps à l'automne. Par la rivière on envoie ensuite le bois au port de Québec puis en Angleterre. Jos va devenir bûcheron puis assez vite contremaître n'ayant de toute évidence que peu de mal à se faire obéir. La main d'œuvre est principalement canadienne-française mais les propriétaires sont tous anglais. Là s'arrête l'histoire maintenant commence la légende.

Jos dès son arrivée à Bytowne (l'actuel Ottawa), se fit un champion de la défense des canadiens-français. Les Irlandais, chassés par la famine de leur île, convoitaient les contrats donnés aux francophones. Ils tenaient leur surnom de leur tendance à trop boire et surtout à fabriquer leur alcool eux même. On les appelaient les " Shiners " (de Moonshine = eau de vie). Ces brutes terrorisaient la population. En ayant rossé quelques uns, Jos devint vite un ennemi à abattre. Un jour alors qu'il traversait le pont qui sépare la ville des chantiers de bois, 150 shiners s'embusquèrent. Jos, seul, chargea le premier rang et attrapa l'un des irlandais par les pieds. Avec sa massue humaine il décima le premier groupe. Les shiners tombaient inanimés pour les plus chanceux ou étaient projetés dans les rapides sous les applaudissements de quelques badauds. Jos, tel un David français, mis en déroute le Goliath irlandais. Dans les tavernes ou à la lueur des feux l'on racontait son exploit. On disait aussi que Jos était tellement souple et fort qui arrivait à laisser son empreinte de pied sur les plafonds des auberges où il s'arrêtait boire de Bytowne à Québec. Une légende était née.

S'il était déjà mythique de son vivant, son aura continue d'exister à travers des chansons ou des monuments qui portent son nom. Vu d'Europe, on pourrait dire que c'est une histoire banale d'un costaud dont les exploits furent colportés par des générations de piliers de bars. Ce serait bien ignorer ce qu'est ce pays pour les francophones. Nous l'avons fondé et on nous l'a volé. Une Alsace-Lorraine trop loin pour attirer les sympathies de la ferveur patriotique française. Les canadiens-français ont été laissé aux mains de colons britanniques qui n'avaient nullement l'intention de partager les richesses naturelles de ce pays. Jos Montferrand arrive à point. Il nous permet de relever la tête. Nous n'avions pas de poids politique, encore moins économique. La révolte des patriotes francophones fut écrasée dans le sang en 1837. Il ne nous restait que notre foi, notre langue et surtout notre force physique. Oui, Jos est une légende et ses exploits sont un des symboles de la survie de notre identité.

Pierre Sanschagrin