Voyages aux racines de l'Amérique : L'Acadie


Il était une fois un pays d'une beauté telle qu'un explorateur Italien du nom de Verrazzano, travaillant pour le compte de François Ier, compara les côtes de ce qui allait devenir le Canada, au légendaire pays de l'Arcadie. Voilà l'une des explications du nom de cette région située à cheval sur quatre provinces canadiennes : le Nouveau-Brunswick, L'Île du Prince Édouard et La Nouvelle Écosse et Terre-Neuve. L'Acadie, c'est avant tout le pays où vivent les Acadiens. Pourtant même cette explication n'est pas si évidente que ça…



Il y a 400 ans, à l'automne 1604, c'est-à-dire trois ans avant que les anglais ne touchent ce sol et plus de 15 ans avant les fameux " Pilgrims Fathers ", les premiers colons s'installent dans cette région. Ils sont français et ne connaissent pas encore les rigueurs de l'hiver canadien (nous sommes à la même latitude que La Rochelle). Face à une faune hostile, ils trouvent refuge sur la petite île de Sainte-Croix située sur la rivière du même nom. Cette île va devenir leur prison quand l'hiver va s'abattre sur eux. Une quinzaine de personnes sur 70 vont survivre de cette expérience mais de leur sacrifice naît une nation.

Après l'hiver, ce sera les indigènes qui leurs seront hostiles. Finalement à force de ténacité, ils fondent la ville de Port-Royal (actuellement Annapolis) au cœur de la baie de Fundy, à quelques encablures des riches zones de pêches. La suite de l'histoire est plus connue. Un explorateur Champlain va fonder une nouvelle colonie à partir d'une ville désormais célèbre, Québec. Pendant que les Français luttent contre le froid, les Anglais fondent une prospère colonie de tabac, la Virginie. Les vieilles querelles européennes sont exportées dans le Nouveau-Monde.

Pendant que la Nouvelle-France s'agrandit tout au long du 17ème siècle grâce au commerce de la fourrure, les Acadiens travaillent paisiblement leurs riches terres. Ils sont francophones et catholiques mais sujets de la convoitise britannique. En 1713, après une décennie de guerres, le royaume de France cède l'Acadie aux britanniques par le traité d'Utrecht. C'est le début de l'incertitude pour les Acadiens. Désormais sujets britanniques, ils perdent néanmoins des droits du fait de leur religion. Les catholiques n'ont pas le droit notamment de posséder d'armes à feu. On imagine l'impact sur des paysans qui doivent se défendre contre les bêtes sauvages. Après maintes humiliations et serments à la couronne, les Acadiens ne désarment pas pour défendre leur identité. Le pays est malgré tout prospère et alors que sur le vieux continent disettes, épidémies et font des ravages, l'Amérique elle, vit déjà un rêve. Les relations avec la Nouvelle France sont minimes comme si la tradition française d'abandonner ses enfants ne datait pas d'hier. Le point culminant des tensions se situe en 1755. Le gouverneur britannique ne pouvant pas soumettre ces maudits acadiens et surtout les convaincre de lui céder leurs terres, il décide de les déporter partout dans les colonies britanniques. Cet épisode est plus connu sous le nom de " grand dérangement ".

Ce sont plus de 10000 personnes (plus du tiers de la population) qui vont être victime de la terreur britannique sans que la France ne lève le petit doigt. Les Acadiens vont être dispersés entre l'Angleterre, la Virginie, la Georgie, la Caroline. Certains vont s'échapper et rejoindre la France en attendant de se rembarquer vers leurs terres. D'autres vont rejoindre la colonie française de Louisiane. Avec le temps, ces Acadiens vont devenir des " cajuns ". Pourtant on ne réduit pas aussi facilement l'esprit d'un peuple. De nombreux récits relatent comment, à la première occasion des centaines de personnes regagnent l'Acadie via le Mississipi, les Grands Lacs puis le Saint-Laurent. Des mois de voyage avec une obsession, revenir chez soi, à tout prix. La suite de l'histoire, c'est la vie paisible de paysans et de marins que les Anglais se sont résignés à accepter. Ce statu quo dure depuis lors, prouvant que pour qu'une identité prospère et survive, elle doit plonger ses racines dans une terre.

Les guides touristiques s'attardent, à juste titre, sur la magnifique ville de Québec, ou sur les métropoles comme Montréal ou Toronto, pourtant cette région que l'on nomme désormais " Les Maritimes " vaut le détour. L'Acadie a deux richesses : ses Hommes et sa nature. Sur les traces des premiers émigrants français, la nature est un spectacle permanent. Du Cap-enragé et ses falaises, à la baie de Fundy connues pour avoir les plus grandes amplitudes de marées au monde, en passant par Shédiac pour y déguster un homard ou à l'intérieur des terres, au pied des chutes de Grand-Sault jusqu'aux contreforts des Appalaches, vous découvrirez des paysages époustouflants. Vous pourrez aussi choisir de visiter la Nouvelle-Écosse, l'anglaise Halifax, Grand-pré, épicentre du " grand dérangement ", les reconstitutions de Louisbourg et sa forteresse et toujours la côte sauvage. Ou enfin vous opterez pour l'air marin de Terre-Neuve, ses petits ports aux creux des fjords et toujours ses habitants accueillants. Dans tous ses lieux vous verrez flotter un drapeau tricolore rappelant leur pays d'origine mais frappé d'une étoile jaune symbole de leur dévotion à Notre Dame de l'Assomption, patronne des Acadiens. Vous y découvrirez un peuple d'une extrême gentillesse, vous ouvrant grand leurs portes pour vous inviter à danser ou à écouter un de leurs nombreux contes, le tout en roulant bien fort les R. Vous y découvrirez un peuple plein de joie et une terre où il y 400 ans naissait l'Amérique.

Pierre Sanschagrin