
Pays basque...
Pas facile de définir le pays basque ou ses habitants
! Qui donc est basque ? Celui qui parle basque ? Celui qui habite
au pays basque ? Celui qui est d'origine basque ? Car en réalité,
il y a à peu près autant de Basques sur le continent
américain que dans les sept provinces basques de France
et d'Espagne. « On naît basque, on parle basque,
on vit basque et on meurt basque » a écrit Victor
Hugo. En fait, unifiée seulement par la conviction d'exister,
la « nation basque » risque de chercher longtemps
encore son identité au travers d'un improbable pays basque
sans frontière intérieure...
Il existe bien évidemment une première distinction,
à la fois politique et géographique : il y a
un pays basque français et un pays basque espagnol,
même si la frontière qui les sépare est
considérée par certains comme purement théorique.
Jusqu'à preuve du contraire, lorsqu'un Breton, un Alsacien
ou un Normand annonce qu'il va passer ses vacances au pays
basque, son interlocuteur lui demandera s'il a loué
en montagne ou bien au bord de la mer, mais pas s'il se rend
en Espagne ou en France.
S'il préfère la côte, les pêcheurs
ou le jambon, il choisira le Labourd avec Bayonne, Biarritz
ou Saint-Jean-de-Luz. S'il préfère la montagne,
l'Irouléguy ou les chemins de Saint-Jacques, il ira
en Basse-Navarre du côté de Saint-Jean-Pied-de-Port
ou de Saint-Étienne-de-Baïgorry. Enfin, s'il préfère
les « bergers fougueux de la montagne », les danses
et les sandales, il se rendra en Soule, à Mauléon
ou à Tardets...
Le pays basque est un pays aux multiples contrastes : des
kilomètres de côte, la montagne et l'océan,
le berger et le pêcheur, le soleil et la pluie, le rouge
et le vert, les fougères et les ajoncs...Un sol bouleversé
par les plissements qu'on nous enseigne à l'école,
un sous-sol riche pour les mêmes raisons, des vallées
fertiles... Un hiver doux, un printemps humide, un été
ensoleillé, un automne musical... Des palombes et des
pottocks, mais aussi des ours et des vautours, des thons et
des pibales...et surtout des Basques avec des sandales et
un béret !
Le Basque est basque, il a conscience de son ethnie et n'admet
pas que l'on se mêle de ses affaires. Il parle le basque,
une langue qui se parle mais qui s'écrit peu. En revanche,
elle se chante. Si, avec deux Basques, on peut jouer à
la pelote, avec trois, on fait une chorale.
Voltaire parlait très justement de « ce petit
peuple qui danse et chante au pied des Pyrénées...
» La femme du Basque s'appelle une Basquaise. Le Basque
joue au rugby, ce « sport de voyous joué par
des gentlemen ». Il joue aussi à la pelote qui
est plus qu'un jeu, un véritable rituel. La balle que
propulse sa chistera est d'ailleurs la plus rapide du monde.
Le Basque est fort et l'on s'en aperçoit au cours des
démonstrations qu'il organise volontiers. Il soulève
à cette occasion d'énormes pierres ou des ballots
de paille, il porte des bidons de quarante kilos ou bien coupe
des troncs d'arbre, et surtout, il se met à quatre
pour tirer sur une corde... ça lui donne généralement
faim et soif et il s'empresse de reprendre des forces en avalant
une omelette aux piments d'Espelette avec un peu de jambon
de Bayonne, une tranche de fromage de brebis avec de la confiture
de cerise, le tout arrosé d'une bonne bouteille d'Irouléguy
!
Le Basque a un béret, une langue et un drapeau. Sur
ce dernier, le fond rouge représente le peuple ; la
croix verte de Saint-André, la loi au dessus du peuple
et la croix blanche, Dieu au dessus des lois et du peuple.
Tous ne s'en souviennent malheureusement pas...
Il a aussi une maison à laquelle il tient beaucoup
et qu'il entretient soigneusement. Les maisons basques se
rassemblent parfois autour d'un clocher, mais elles sont le
plus souvent dispersées. La maison basque est alors
solitaire, imposante, solide et repeinte à neuf. Le
Basque voudrait un pays sans s'apercevoir qu'il en a déjà
un et que celui-ci est convoité par beaucoup, pas seulement
pour y passer des vacances et pour y faire la fête,
mais pour y prendre sa retraite et c'est peut-être ce
qui l'inquiète. Il y a des pays où l'on passe,
il en est d'autres où l'on s'arrête...
Mathias GUISE
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