
Charles Nungesser
Charles Eugène Jules Marie Nungesser est né
à Paris le 15 mars 1892. Il fut l’un des As de
l’aviation militaire française durant la Première
guerre mondiale en engrangeant grâce à son audace
et à sa grande maîtrise de son appareil 45 victoires
officielles.
Nungesser est une figure typique de ce début de siècle
où, dans l’incertitude des idéologies
naissantes, dans les cendres de l’héroïsme
passé, l’une des réponses se trouve dans
la fascination du danger, de la guerre, du progrès
technique et surtout de la vitesse. Cette synthèse
que l’on retrouvera chez les futuristes et autres aventuriers
de la politique et des arts.
Enfant, Nungesser aime la compétition. Il excelle
dans la pratique du sport, notamment la boxe. Il fait ses
études à l’École des arts et métiers.
Pourtant l’appel de l’aventure est plus fort.
Il lâche ses cahiers pour partir à la voile au
Brésil où l’un de ses oncles lui promet
un travail dans une plantation de canne à sucre. Pourtant,
une fois à Rio de Janeiro, l’oncle d’Amérique
(du Sud) demeure introuvable et le jeune aventurier décide
de se rendre à Buenos Aires.
Naturellement, dans la patrie de Juan Manuel Fangio, le jeune
Charles commence à s’intéresser à
la mécanique et à la course automobile. Attiré
par le monde de la vitesse, Nungesser s’intéresse
bientôt à l’aviation. Il réussit
à convaincre le propriétaire d’un petit
monoplace de le laisser essayer. De manière quasi innée,
il prend place dans l’appareil et effectue son premier
vol en solo et surtout ramène l’appareil sain
et sauf. Nungesser devient pilote commercial et passe les
cinq années suivantes en Amérique du sud et
finalement retrouve son oncle. Nous sommes en 1914, la guerre
vient d’éclater sur l’ancien continent.
Charles est appelé à se joindre à l’effort
de guerre sous l’uniforme du Deuxième hussard.
Nungesser ne tarde pas à se distinguer par son audace.
Une action derrière les lignes ennemies lui vaut bientôt
une médaille militaire. Ses bonnes notes vont lui permettre
de demander son transfert dans l’aviation. La première
victime du futur As sera un Albatros. Nungesser avait quitté
sa base sans autorisation. Cette action lui vaudra à
la fois la Croix de guerre et huit jours de prison !
Nungesser était un pilote fougueux. Un jour alors
qu’il revenait de mission, il accomplit quelques acrobaties
au dessus du village voisin de la base. Les habitants vinrent
se plaindre et le commandant sermonna le jeune lieutenant
en lui disant qu’il devrait aller faire ça au
dessus des lignes ennemies. Prenant au mot son supérieur,
Nungesser sauta dans son appareil et alla exécuter
quelques manœuvres au dessus des tranchées allemandes,
ce qui lui valut à nouveau quelques jours d’arrêts.
Bien sûr il n’eut pas toujours de la chance.
En janvier 1916, son appareil s’écrasa. Il se
brisa les deux jambes, et se disloqua la mâchoire sur
le manche à balais. Trois mois plus tard il volait
de nouveau, se faisait hisser dans son appareil par ses mécaniciens.
Ce n’étaient que les premières blessures
d’une longue série : fractures du crâne,
du poignet, de la clavicule, hanche disloquée, palais
perforé, coupures, contusions et autres dents perdues.
Pourtant rien ne pouvait empêcher Nungesser de voler.
Il était non seulement en compétition avec les
As allemands mais aussi avec ses compatriotes dont l’intrépide
René Fonck. Ce dernier, moins “ brisé
”, finira la guerre avec 75 victoires !
À la ville, Charles n’était pas moins
calme que dans les airs. En compagnie de son ami Jean Navarre,
un As lui aussi, il est probablement à l’origine
du cliché du pilote séducteur et tête
brûlée. Peu enclin à respecter la discipline,
il aimait mieux les joies des nuits parisiennes à la
vie de caserne. On peut comprendre la fascination de cette
ville bouillonnante de vie contrastant avec la mort quotidienne
du front ; contraste si bien décrit par Drieu la Rochelle
dans Gilles.
Nungesser, malgré son mode de vie, survécut
à la guerre et demeura très célèbre
dans cette France victorieuse. Il ouvrit une école
de pilotage qui n’eut pas le succès escompté.
Il tenta l’aventure aux États-Unis et fut notamment
l’un des cascadeurs vedette sur le colossal film “
Hell’s Angels ” d’Howard Hughes. Nungesser
évolua comme un poisson dans l’eau à Hollywood
épousant une starlette et papillonnant de réception
en réception. Pourtant l’appel de l’aventure
était trop fort. Il décida de tenter la première
traversée de l’Atlantique en avion.
Le 8 mai 1927, en compagnie de son navigateur François
Coli, Nungesser décolla du Bourget dans un biplan surnommé
“ L’Oiseau blanc ” et décoré
des insignes que ses avions arboraient déjà
durant la guerre : un cœur noir, deux chandelles, un
cercueil et une tête de mort. On ne revit plus jamais
Nungesser et son compagnon bien que certains témoins
virent “ L’Oiseau blanc ” survoler le Maine
et Terre-Neuve. Bien qu’il se soit écrasé,
Nungesser fut bien le premier à traverser l’Atlantique
quelques années avant Lindbergh.
Pierre Sanschagrin
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