
Berlin :
Un bel exemple d’identité retrouvée
que cette ville éclatée dont l’unité
a été constamment démantelée.
Une cité insaisissable, une ville multiple, une capitale
pleine de contrastes, une agglomération imprévisible,
une mégalopole déconcertante, une architecture
désunie, un centre déroutant… mais une
ville fascinante et dont il est très difficile de donner
une image qui corresponde fidèlement à la réalité,
car elle change à la fois tout le temps et très
vite !
Fondée voici près de huit cents ans, Berlin,
capitale de l’Allemagne, s’étend sur les
rives de la Sprée, dans une région de lacs et
de forêts. C’est une ville immense (huit fois
la superficie de Paris) qui regroupe en fait 8 villes, 59
villages et 27 domaines différents sur près
de 900 km². Elle compte aujourd’hui 3.500.000 habitants.
Cette vision kaléidoscopique de la cité s’explique
aussi par les tumultes de son histoire qui ont constamment
effacé les traces de son passé, mais jamais
pour les camoufler. Pour mieux comprendre ses mutations, trois
dates peuvent servir de repères dans les soixante dernières
années :
8 Mai 1945… La capitale du Reich n’est plus qu’un
amas de ruines. A l’image de tout le territoire allemand,
divisé par les vainqueurs en quatre zones d’occupation,
Berlin, située en zone d’occupation soviétique,
est elle-même divisée en quatre secteurs d’occupation
: américain, britannique, français et soviétique.
Mais cette administration quadripartite est éphémère
et les trois secteurs occidentaux deviennent Berlin-Ouest
et le secteur soviétique, Berlin-Est.
13 Août 1961… Berlin se transforme en une véritable
citadelle à l’envers : un mur, construit par
les communistes, entoure la ville pour l’empêcher
d’être submergée par tous ceux qui veulent
s’y réfugier ! Berlin-Ouest représente
alors l’îlot symbolique de la guerre froide entre
les deux blocs, cerné par un mur de 164 km de longueur
et de 4 mètres de hauteur. La ville compense son isolement
par une sorte de frénésie culturelle pour le
meilleur et pour le pire.
9 Novembre 1989… La chute du mur réunit les
deux villes après 40 années de séparation.
Un an après, le 3 octobre 1990, Berlin redevient la
capitale de l’Allemagne réunifiée et le
symbole de la liberté retrouvée. Un nouveau
« centre ville » est créé à
l’emplacement du terrain vague de la Potsdamerplatz,
et de nouveaux quartiers sont construits. Les différences
entre l’Est et l’Ouest sont peu à peu gommées,
la périphérie devient centre et des transformations
radicales sont opérées.
Aujourd’hui, Berlin, le Grand Berlin, est à
nouveau en pleine évolution pour devenir une des plus
belles métropoles du XXIème siècle. Sa
vitalité retrouvée lui assure un avenir prometteur.
Forte de son image de culture et de progrès, fière
de son histoire intellectuelle et industrielle, elle a su
se relever de ses ruines et abattre ses murailles, après
être passée de l’effervescence des Années
folles à la domination nazie. C’est une capitale
ouverte au monde dont les stigmates du passé ne parviennent
pas à obscurcir les attraits : les riches collections
d’innombrables musées, les théâtres
et les opéras réputés, les monuments
prestigieux et les cafés branchés, les congrès
et les universités, les commerces et les grands noms
de la Presse…Le tissu social a, lui aussi, changé
: les militaires ont été remplacés par
des fonctionnaires et les ouvriers allemands par des travailleurs
étrangers, les étudiants sont plus nombreux.
Quant à la population moins nombreuse mais plus frondeuse
des autonomes, des alternatifs et des révolutionnaires,
elle a du déménager, vaincue par la spéculation
qui s’est abattue sur le misérable quartier de
Kreuzberg, devenu du jour au lendemain la poule aux œufs
d’or de la capitale. Métropole au passé
mouvementé, Berlin nous prouve que, malgré les
destructions, la défaite, l’occupation et la
division, il ne faut jamais se laisser aller au défaitisme
ou à la résignation.
Mathias Guise
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