
Les grands 6 pieds…
La Nouvelle-France, comme toutes les belles (provinces), a
du caractère. Si l’on imagine que de nos jours
les hivers sont considérés comme rigoureux malgré
nos maisons surchauffées, nos voitures, nos anoraks
en Gore-Tex, nos mitaines et nos tuques (bonnets ndlr), il
est clair que nos ancêtres devaient être des hommes
à la taille de ce pays.
Les légendes du Canada français sont remplies
des histoires de ces premiers colons, assez forts pour abattre
des forêts, résister aux indiens, remonter les
rivières sauvages, survivre aux attaques des prédateurs.
Sans faire du darwinisme à peu cher, il est clair que
ce pays a choisi les hommes qui allaient le dompter. Parmi
eux existent ces « hommes forts », des géants
de 6 pieds (2 mètres), ou des coureurs des bois qui
parcoururent cet immense pays.
La conquête amena son lot de héros comme Dollard
Des Ormeaux qui sauva Montréal en résistant
avec une poignée de soldats à plusieurs centaines
d’Iroquois et de Hurons. Résistant pendant une
semaine aux assauts, le courage de Dollard fit que les Indiens
rebroussèrent chemin imaginant qu’ils ne pourraient
pas gagner contre l’armée française si
seulement
une vingtaine d’entre eux avaient réussi à
les arrêter. Pourtant la conquête ne fut pas seulement
une histoire de guerre mais aussi d’explorations du
Canada et des États-Unis. Un simple coup d’œil
sur une carte de ces pays pour comprendre leur impétuosité.
La majorité des noms de lacs et de montagnes du Québec
à l’Alberta en passant par la vallée du
Mississipi portent encore de nos jours des noms français.
Leurs noms sont Étienne Brûlé, compagnon
de Champlain, Radisson, qui découvrît la Baie
d’Hudson et fonda une prospère entreprise de
traite de fourrures, Cavelier de la Salle, Jacques Marquette
et Louis Jolliet, qui remontèrent le Mississipi jusqu’au
Golfe du Mexique (voyage que Jean Raspail effectua dans sa
jeunesse). On ne peut pas non plus oublier les fameux «
coureurs de bois », ces indiens blancs qui vivaient
du commerce des fourrures, capables de parcourir prêt
de 70 kilomètres par jour à travers les forêts
canadiennes.
Une fois installés les colons vivaient bien sûr
de l’agriculture mais surtout du commerce du bois. Les
hommes partaient plusieurs mois au cœur des forêts.
Le bois coupé était ensuite conduit par voie
fluviale jusqu’aux villes. Loin de tout, les hommes
devinrent experts dans l’organisation de veillées
où se racontaient les hauts faits de la conquête
ou les légendes indiennes. L’un des rois de ces
veillées était Jos Montferrand dont nous avons
parlé dans l’un des numéros précédents
d’ID Mag. Ces dures conditions ont crée une race
d’homme robustes. Autre exemple de ces hommes mi-légendaires,
mi-réels, Alexis Lapointe était un colporteur
de la région de Chicoutimi. Il fut surnommé
« le trotteur » et pour cause, Alexis pouvait
voyager aussi vite à pied que ses contemporains à
cheval, en voiture ou même en chemin de fer. Il gagnait
même des courses contre les trains. Plusieurs se souviennent
encore de ses exploits. Il mourut en 1924, frappé par
une locomotive qu’il tentait de devancer. Son squelette
est exposé au musée du Saguenay à Chicoutimi
de même que des objets lui ayant appartenu.
Le plus connus et probablement le plus fort
des canadiens-français qui existât, se nommait
Louis Cyr. Le père de Louis était un homme de
taille moyenne. C’est de sa mère (1,90 pour 130
kilos) qu’il tenait sa force colossale. La carrière
de Louis Cyr débute en 1880, il a alors 17 ans et soulève
tel un Jean Valjean, une charrette embourbée. Il va
très vite réaliser qu’il peut vivre de
sa force. Le Samson canadien, comme on le surnommait à
l'époque, éblouissait les foules en y allant
de plusieurs tours de force incroyables. En 1889, sans fléchir
les genoux et sans toucher le corps, il soulève successivement
un poids de 250 kg d'un seul doigt, 1860 kg sur son dos et,
d'une main, 124 kg au-dessus de sa tête! Parmi ses exploits
figurent aussi la levée d’une plateforme où
se tenaient 18 hommes et retenir deux percherons à
bout de bras… D’après certains spécialistes,
les exploits accomplis par Louis Cyr, font de lui l’homme
le plus fort de tous les temps… surtout sans l’usage
de stéroïdes!
Aujourd’hui encore, l’héritage de ce peuple,
venu de toute l’Europe pour conquérir cette contrée
hostile, demeure. Un simple coup d’œil dans les
rues de Montréal, Sherbrooke ou Trois-Rivière
vous fera vite réaliser que les fils des grands 6 pieds
ou des coureurs des bois n’ont rien perdu de leur vigueur.
D’ailleurs le champion en titre du concours mondial
de l’homme le plus fort, Hugo Girard, est un québécois
de 33 ans. Bon sang ne saurait mentir.
Pierre Sanschagrin
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