
L'ARGENT
L’argent à sa place !
Quand on se penche sur la thématique de l’argent,
il est un axiome central et fondamental qu’il convient
de toujours garder à l’esprit : l’argent
n’est rien d’autre qu’un instrument d’échange,
neutre par nature, et qui ne doit, de ce fait, susciter ni
phobie ni passion.
Le drame du libéralisme est d’avoir perdu cette
évidence de vue et d’être parvenu à
transformer l’outil monétaire en une «
valeur » à l’aune de laquelle on mesure
tout.
De l’ordre du moyen, l’argent est ainsi passé
à celui de finalité, et qui plus est de finalité
unique et tyrannique.
L’utilité, le sens, la beauté, la symbolique
des objets ont progressivement disparu au profit de leur seul
prix.
Plus grave encore, cette tendance s’étend de
plus en plus aux hommes.
« Dis moi combien tu gagnes, je te dirai ce que tu vaux
» pourrait être la devise des relations sociales
post-modernes.
Cette « financiarisation » du monde et des rapports
humains s’est construite sur les ruines d’un catholicisme
dont les principes spirituels et sociaux parvenaient jusqu’alors
plus ou moins efficacement à juguler et transcender
les appétits matérialistes de la nature humaine.
Le phénomène connaîtra une formidable
accélération après 1968, les élucubrations
libertaires et permissives des petits bourgeois de mai mettant
définitivement à bas les derniers garde-fous
moraux au développement de l’individualisme et
de l’égoïsme consumériste. (Bel exemple,
parmi beaucoup d’autres, de collusion et de collaboration
de fait entre la droite affairisto-libérale et les
activistes gauchistes).
L’homme moderne s’est donc totalement engouffré
dans cette utopie mortifère de l’argent-roi,
pensant trouver dans l’accumulation matérielle
une issue à son ennui chronique, une compensation à
la fragilisation des liens familiaux, amicaux et communautaires
et aux faiblesses grandissantes de son caractère d’homme
repu et lentement privé d’ambitions collectives.
Le mal est aujourd’hui si prégnant qu’il
touche presque chacun d’entre nous à des degrés
divers et que ce n’est que par une attention et un travail
de chaque instant que l’on peut véritablement
et efficacement le combattre.
Ce n’est qu’en limitant notre consommation et
notre goût des futilités et des hochets inutiles,
en développant le don, qu’il soit militant ou
social, en favorisant les prêts sans intérêt
entre camarades pour financer projets et investissements divers,
en organisant éthiquement nos actes d’achats
(par exemple se rendre toujours prioritairement, dans la boutique
ou le restaurant « amis » même si ceux-ci
sont à quelques stations de métro de plus ou
si leur cadre est moins brillant qu’un lieu à
la mode, ou encore boycotter réellement, et non seulement
dans le discours, les multinationales et autres métastases
de la grande distribution…), en se regroupant entre
familles pour assurer gratuitement le plus grand nombre possible
de services (garderie, aide scolaire, sport, prêt de
livres... etc) et en retrouvant ainsi une simplicité
volontaire nourrie de culture et de spiritualité que
l’on pourra redonner à l’argent son véritable
rôle, celui d’un simple domestique.
Pierre Chatov
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