
Ernest Renan
Ernest Renan est un breton. Il est né en 1823 d'un
père marin et d'une mère tenancière d'une
petite épicerie. Très pieuse, la mère
d'Ernest rêvait de le voir devenir prêtre. Orphelin
de père à l'âge de 5 ans, c'est toujours
à sa sœur Henriette qu'il devra la plus grande
partie de son éducation. Il
lui vouera d'ailleurs toute sa vie un amour et une reconnaissance
absolue. De son enfance bretonne, Renan va garder de nombreuses
traces. Vis à vis de la Révolution, il se partage
entre une grand-mère maternelle monarchiste ayant caché
des prêtres réfractaires et un grand-père
paternel révolutionnaire ayant participé à
l'arrestation et l'exécution de nombreux contre-révolutionnaires.
Il étudia d'abord au collège épiscopal
de Tréguier. Il y fit partie de la Congrégation
de la Sainte Vierge à l'appel de ses professeurs et
de ses camarades pour reconnaître les élèves
les plus fervents dans leur pratique religieuse. Il poursuivra
ensuite ses études au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet
à Paris où il arrive à 15 ans. Nous sommes
en 1838 et cette ville d'un million d'âmes est toujours
sujette à de fortes tensions politiques. L'école
est depuis un an sous la direction de l'abbé Dupanloup,
futur évêque d'Orléans et certainement
l'ecclésiastique français le plus influent du
XIXème siècle (et qui condamnera La vie de Jésus
de Renan en 1861). En septembre 1843, après un été
passé auprès de sa mère, il rentre au
séminaire de Saint-Sulpice où il doit, pendant
trois ans, étudier la théologie. En décembre,
non sans tourment, il consent à la tonsure. Des cours
à Saint-Sulpice, il semble que ce soit les cours d'hébreu
et de syriaque qui le passionnent le plus mais sa foi l’a
quitté.
Le 9 octobre 1845, il quitte Saint-Sulpice, encore vêtu
de sa soutane, ne disposant pas d'autres habits. Rien n'est
moins sûr que ce départ marque la rupture avec
la foi pour Renan. Ce défroqué comme l'appelaient
certains de ses détracteurs va toujours se passionner
pour le fait religieux.
Après le séminaire, Renan doit reprendre des
études classiques et dans un premier temps réussir
son baccalauréat. Son succès, peu étonnant
vu sa puissance de travail, va lui valoir une dérogation
pour pouvoir s’inscrire directement aux épreuves
de maîtrise. Il va y finir à la quatrième
place. Renan peut désormais se consacrer à son
doctorat. Pour ce faire, il demande en 1848 une année
sabbatique et en profite pour non seulement travailler sur
ses deux thèses intitulées Histoire de la littérature
grecque chez les peuples orientaux et D’Averroès
et de l’averroïsme mais en plus il rédige
en quelques mois son célèbre L’avenir
de la science. Pourtant le contexte politique puis un long
séjour à Rome vont le convaincre qu’il
ne faut pas publier ce livre. Il le jugera lui même
trop « âpre, dogmatique, sectaire et dur ».
Sa foi l’a bien quitté mais face à la
piété simple des romains, il semble le regretter.
En 1860, Renan se voit confier une mission scientifique de
recherche sur des inscriptions en Syrie et au Liban. C’est
à l’occasion de cette mission, accompagné
de sa sœur qui fera son secrétariat, qu’il
va visiter la Palestine et marcher sur les traces de Jésus.
Après quelques mois sur place et alors qu’il
a déjà rédigé une bonne partie
de sa Vie de Jésus, Henriette et lui-même sont
atteints par la malaria. Lui, plus robuste avec le secours
de hautes doses de quinine, va y survivre. Henriette elle,
n’y résistera pas et sera enterrée au
Liban pendant qu’Ernest inconscient est rapatrié
en France. Le sérieux avec lequel il aura accompli
sa mission en Orient, le drame qui l’acheva et la libéralisation
de l’Empire feront que plus rien ne pourra s’opposer
à la nomination de Renan au Collège de France.
Lors de sa leçon inaugurale, il fait allusion à
la « non divinité » de Jésus, réformateur
exceptionnel du judaïsme. Le ministre de l’instruction
publique, sous la pression du parti catholique va en profiter
pour le destituer. Il ne sera réintégré
dans ses fonctions qu’en 1870. 30 ans plus tard, ce
sera aux catholiques de s’incliner face au laïcisme
républicain. Cette affaire contribuera aussi à
faire de Renan un républicain alors que rien ne l’y
dispose naturellement. Il se méfie du peuple qu’il
pense trop peu éduqué pour se diriger.
Renan est resté célèbre par la définition
de la nation qu’il donna dans son discours de 1882 «
Qu'est-ce qu'une nation ? ». Alors que les Allemands
la définissent en fonction de la race, Renan la définit
simplement par la volonté de vivre ensemble. Dans le
contexte de la querelle sur l’appartenance de la région
d’Alsace-Lorraine, il déclara que l’existence
d’une nation reposait sur « un plébiscite
de tous les jours ». Pour certains, il demeure l’un
des pères de l’histoire moderne, d’autres
ne le voient que comme un simple défroqué qui
aurait trahi l’Église. Il demeure qu’il
fut l’un des plus brillants esprits de son temps. Il
mourut en 1892 et est enterré au cimetière Montmartre.
Pierre Sanschagrin
|

|