
Noirmoutier: L’île d’Her
et ses marais salants
"Je viens de Noirmoutier, c'est un coin
admirable, beau comme le midi mais avec une mer autrement
belle que la Méditerranée."
Auguste Renoir
Le premier nom de Noirmoutier Er ou Her devient Herio puis
Hermoutier pour devenir Noirmoutier (Monastère noir)
en raison des bures noires portées par les Moines de
l’abbaye de Saint Philibert.
Située
dans l'Océan Atlantique, à environ 85 kms de
Nantes, l'Ile de Noirmoutier est d'une longueur de 18 kms
et d'une largeur maximale de 4,5 kms. Elle se caractérise
par un micro-climat qui lui permet de bénéficier
d'une végétation proche de celle rencontrée
près de la Méditerranée (elle est notamment
célèbre pour ses mimosas). D'une population
d'environ 8.500 personnes sur toute l'Ile en plein hiver,
celle-ci passe à 150 voir 200.000 pendant la pleine
période touristique.
L'Ile est composée de quatre communes : Noirmoutier,
l'Epine, la Guérinière, et Barbâtre.
Elle est reliée au continent par une chaussée
submersible appelée le passage du Gois, à l'origine
le seul chemin d'accès à l'Ile de Noirmoutier.
Cette route se découvre deux fois par jour toutes les
douze heures quinze minutes, pendant une durée moyenne
de 1h 30 à 3h00 suivant le coefficient d'amplitude
de la marée et du temps. Le Gois fait environ 4,5 kms
et est jalonné de balises permettant aux imprudents
de se réfugier s'ils venaient à se faire prendre
par la montée de l'eau.
Depuis maintenant plus de 20 ans, un pont permet de s'affranchir
de la contrainte que représentait le Gois. Il est gratuit
depuis l'année 1995.
Outre le tourisme, la pêche et la culture des pommes
de terre constituent les activités principales des
habitants. Le sel a joué aussi un rôle important
dans l’histoire de l’île créant richesses
et convoitises, en particulier par les vikings. Les 2/3 de
la superficie de l'Ile de Noirmoutier se trouvent en-dessous
du niveau de la mer. Ce paysage extraordinaire où l'eau
et la terre se mêlent intimement est le domaine du marais.
Le paysage du marais est identique depuis des siècles
car le travail de l'homme n'a pas changé. C'est l'œuvre
d'aménagements commencés dès le VIIème
siècle par des moines bénédictins et
achevés par de grands travaux d'assèchement
(polders) réalisés au XIXème siècle
par la famille Jacobsen. Le sel fit pendant longtemps dans
le passé la richesse de l'Ile. Le grand commerce du
sel se développera surtout du XIIIème au XIXème
siècle. Les navires flamands, anglais et hollandais
venaient se ravitailler en sel dans le port de Noirmoutier
avant de hisser les voiles vers les ports du grand nord. Au
milieu du XIXème siècle, l'exploitation du sel
s'étendait alors sur 12.000 œillets. L'île
compte actuellement 1200 œillets en exploitation. La
récolte du sel est un travail entièrement naturel
: les seuls intervenants sont la mer, le soleil et l'homme.
Pourtant Noirmoutier est victime de son succès. Certes,
le tourisme représente une manne considérable
et les insulaires en profitent grandement. Pourtant, les prix
de l’immobilier augmentent de près de 9% par
an sur la côte, on est en droit de se demander si la
poule aux œufs d'or ne va pas se transformer en cauchemar
pour les Noirmoutrins. Désormais pour acquérir
une petite maison sur l'île, c'est près de 300
000 euros qu'il faut accepter de poser sur la table. Autant
dire, qu'un jeune couple qui s'installe dans l'île avec
un salaire moyen n'a aucune chance de devenir propriétaire.
Résultat de cette flambée des prix, les communes
avoisinant l'île commencent à accueillir ces
malheureux ex-insulaires mais l'île, chaque hiver, se
vide inexorablement transformant chaque année un peu
plus ce lieu de vie et de culture en parc d'attraction pour
citadins fortunés.
Reste que l’on comprend l’attrait qu’exerce
cette île sur les touristes : son château médiéval
transformé en musée (où est exposé
le siège dans lequel le général d’Élbée
mourant fut fusillé) ; son église romane surplombant
une crypte millénaire ; son vieux port où s’échouent,
deux fois par jour, les barques des pêcheurs ; ses nombreuses
plages de la plus sauvage bordée de dunes à
la plus charmante bordée de petites cabines blanches
; sa forêt de chênes verts surplombant l’océan
; ses pistes cyclables au cœur des marais ; ses produits
gastronomiques incomparables venant de la terre ou de la mer
; ses mimosas qui annoncent le printemps en février
; ses tempêtes d’équinoxe où l’Atlantique
vient se briser sur les hauts-fonds rocheux et ses incomparables
soirées d’été rafraichies par une
douce brise. Noirmoutier est bien un éden au cœur
d’une région historiquement riche où les
gens sont restés vrais et attachés à
leur terre.
Pierre d'Her
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