
Robert Steuckers : "Remettre une
élite politique sur pied"
1
- Nous observons aujourd’hui en Russie l’émergence
d’un fort courant nationaliste qui traverse tous les
partis et bouscule ainsi le traditionnel clivage gauche/droite.
Ceci rend difficile un décryptage aisé des forces
en présence ainsi qu’une compréhension
claire des projets portés par chacune d’elles.
Par exemple, que renferme le mouvement de gauche Rodina «
mère-patrie », dirigé par des anciens
membres du Parti Communiste ? Certains le considèrent
comme une création du Kremlin. Si c’est le cas,
à quelles fins ?
Votre question, très précise et fort bien formulée,
évoque avant tout une évidence qui crève
les yeux : un courant nationaliste puissant bouscule forcément,
et quasi par définition, le clivage arbitraire et intenable
sur le long terme entre « gauche » et «
droite ». Surtout en Russie. Pour des motifs historiques
bien patents. La Russie est aujourd’hui un pays perdant,
un vaste pays, un pays-continent, qui a perdu la Guerre Froide,
qui a évacué sa première ceinture de
glacis, soit les pays du COMECON en Europe centrale et orientale.
Elle a ensuite perdu ses glacis conquis au prix fort au temps
des tsars, dans les années vingt et trente du 19ième
siècle dans le Caucase d’abord, dans la seconde
moitié du 19ième en Asie centrale ensuite. Le
processus actuel de dissolution, sous les coups bien ciblés
des diverses stratégies américaines mises en
œuvre avec une constance et un acharnement féroces,
s’est déclenché non pas immédiatement
après la seconde guerre mondiale, comme on nous le
fait croire, ou sous le règne de Khrouchtchev, mais
immédiatement dans la foulée de l’invasion
soviétique de l’Afghanistan en décembre
1979.
L’URSS, malgré les cadeaux européens,
consentis par Roosevelt à Yalta, restait une puissance
encerclée, sans véritables ouvertures vers les
mers chaudes donc sans espoir de se développer dans
la compétition bipolaire et d’acquérir
un statut authentique de grande puissance. Jordis von Lohausen,
le géopolitologue autrichien qui fut mon maître,
nous expliquait fort bien, dans la double tradition géopolitique
allemande de Ratzel et de Tirpitz, qu’une vraie superpuissance
est une superpuissance qui a accès à toutes
les mers, les dominent et entretient une flotte capable de
damer le pion à tout adversaire potentiel. Dans ce
contexte de la guerre froide, les Etats-Unis, dans un premier
temps, avaient intérêt à maintenir l’Europe
en état de division, à ne pas en chasser les
forces soviétiques qui occupaient les espaces complémentaires
nécessaires au déploiement de la machine économique
de leurs concurrents allemands et ouest-européens,
à se faire passer pour les protecteurs « bienveillants
» des pays satellisés de la portion occidentale
de notre continent, où ils avaient remis en selle tous
les corrompus, les prévaricateurs et les concussionnaires
d’avant-guerre.
Le soviétisme, offensif en apparence, militarisé,
avait, par les allures qu’il se donnait, une utilité
médiatique : il apparaissait comme un croquemitaine
; des politicards véreux, revenus dans les fourgons
de l’armée britannique ou de l’US Army,
recyclés dans un occidentalisme hostile aux souverainetés
nationales, comme Paul-Henri Spaak, pouvaient s’écrier
à toutes les tribunes internationales « J’ai
peur ! » et réclamer, en tant que faux socialistes,
des crédits militaires inutiles, en faisant acheter,
par les gouvernements européens vassalisés,
du matériel et surtout, bien entendu, des avions américains
; du coup, face à une URSS peu séduisante sur
le plan publicitaire, les Etats-Unis se donnaient toujours
le beau rôle, gagnaient la bataille médiatique
et pouvaient fourbir leur meilleure arme, celle du «
soft power ».
Ce concept de la politologie moderne désigne et définit
l’ensemble des atouts médiatiques, scientifiques,
culturels, cinématographiques (Hollywood), politiques,
économiques des Etats-Unis, selon la définition
du politologue contemporain Nye, ensemble d’atouts qui
fait que les masses ignorantes et manipulables à souhait,
ou des fragments considérables de la masse, capables,
même minoritaires de faire basculer les opinions publiques,
adhèrent sans réfléchir, tacitement,
à l’image quasi publicitaire que donne l’Amérique
d’elle-même. Ces masses ou parties de masse considèrent
les « vérités » médiatiques
américaines comme des évidences incontestables.
Qui ne sont presque jamais contestées effectivement,
parce qu’il n’existe aucun « soft power
» alternatif !
Pour revenir plus directement à votre question, je
dirais d’abord que la Russie actuelle ne dispose pas
de ce « soft power », ni de rien d’équivalent,
ensuite que les médias occidentaux puisent encore et
toujours dans les arsenaux publicitaires de la guerre froide,
puisque la Russie reste, en fin de compte, l’ennemi
à abattre, qu’elle ait été tsariste
ou communiste hier, qu’elle soit démocratique
aujourd’hui. Poutine passe pour une sorte de nouveau
Staline, pour un « méchant » qui devrait
au plus vite quitter le pouvoir, pour laisser la place à
un « chef » que l’on considèrera
comme un « good guy », bien « démocratique
», mais qui laissera oligarques, banquiers, organisations
internationales piller, neutraliser et avachir la Russie.
En Belgique, le principal quotidien bruxellois, le Soir,
publie chaque jour des articles haineux, et de ce fait délirants,
contre la Russie. De ses colonnes, on pourrait facilement
tirer une anthologie de la russophobie la plus rabique. Aucune
autre instance médiatique ne peut répondre à
ces délires, ni en Belgique ni dans le reste de la
francophonie (à l’exception, parfois du Temps
de Genève), en démonter l’inanité,
en exhiber la profonde malhonnêteté, car aucun
« soft power » russophile n’existe, ne dispose
d’arsenaux sémantiques suffisamment étoffés,
d’instruments cinématographiques ou de banques
d’images alternatives.
La mouvance identitaire, à laquelle vous appartenez,
devrait réfléchir à cette terrible lacune,
qui nous fait perdre guerre après guerre, dans les
conflits « cognitifs » d’aujourd’hui
: il n’y certes pas de « soft power » russe
; il n’y a pas davantage de « soft power »
européen ou japonais, capables de neutraliser les effets
du « soft power » américain. On constate,
à intervalles réguliers, que, pour dénigrer
l’Allemagne ou la France, le Japon ou la Chine, des
images stéréotypées, totalement fausses
mais médiatiquement vendables, des clichés rabâchés
sont ressortis et diffusés à grande échelle,
créant, ponctuellement, dans les pays anglo-saxons,
et dans le monde, des réflexes germanophobes, francophobes,
japonophobes ou sinophobes.
Rappelez-vous que Chirac en a fait les frais lors de ses
essais nucléaires en 1995, puis en 2003, lors de l’épisode
fugace de l’Axe Paris-Berlin-Moscou, et enfin, pour
le rendre encore plus malléable, lors des émeutes
des banlieues en novembre 2005 ; quant à la germanophobie,
elle est récurrente, d’autant plus que le croquemitaine
nazi n’a jamais cessé d’être agité.
Pour le Japon, les médias et agences médiatiques
disposent de clichés bien rodés, que vous connaissez
forcément : le méchant « Jap » revient
souvent à la surface, tant dans les médias anglo-saxons
que dans certains médias parisiens, où les ennemis
de l’Amérique sont fustigés avec une hystérie
bien connue.
La meilleure exploitation offensive du « soft power
», à des fins qui équivalent à
une guerre classique, soit la conquête d’un territoire
qui se traduit aujourd’hui par son inféodation
à l’OTAN, a été la pratique nouvelle
des « révolution de velours », en Serbie,
en Ukraine, en Géorgie et au Tadjikistan. On voit alors
sur les écrans des télévisions du monde
entier un peuple qui se dresse sans armes, en agitant des
drapeaux d’une couleur douce, « sympa »
ou « cool », ou en battant des casseroles comme
jadis au Chili pour tenter de faire tomber Pinochet. Tout
cela se passe soi-disant de manière spontanée,
alors que ces phénomènes sont téléguidés
par des professionnels de l’agitation bien entraînés,
dans des séminaires largement financés par les
fondations privées, d’inspiration néo-libérale,
qui travaillent directement pour les intérêts
géopolitiques de Washington.
La Russie risque de subir, elle aussi, une « révolution
orange » à la mode ukrainienne lors des prochaines
présidentielles de 2008. Si une telle opération
réussissait, le pouvoir central russe ne se soucierait
plus de récupérer les influences perdues dans
ces périphéries de glacis, que j’évoquais
ici au début de ma réponse. Il est donc normal,
pour revenir à votre question, que les Russes nationalistes,
qui acceptent l’ensemble des avancées positives
de la Russie depuis sa création et surtout depuis la
renaissance qu’elle a connue à partir d’Ivan
le Terrible au 16ième siècle, d’une part,
et que les Russes nostalgiques de la super-puissance soviétique
(mais une super-puissance relative !), d’autre part,
connaissent une convergence d’intérêts,
partagent une communauté de soucis bien justifiables.
Les uns comme les autres veulent ravoir un pays qu’ils
pourraient à nouveau juger intact, avec des frontières
« membrées » (comme le disaient Vauban
et Richelieu), capables de retenir ou d’absorber une
invasion en direction du cœur moscovite de l’empire
(comme contre les Tatars à l’Est, contre les
Polonais à partir du « Temps des Troubles »
à la fin du 16ième et du 17ième, contre
les Suédois de Charles XII, contre Napoléon
et contre Hitler).
Le terme « Rodina », ou « mère-patrie
» rappelle le sursaut russe de 1942, quand Staline consent
à abandonner la phraséologie soviétique,
qui ne motivait pas le peuple et, même, pire, le révulsait,
pour reprendre à son compte les linéaments du
patriotisme russe traditionnel, beaucoup plus porteur sur
le plan de la propagande. « Mère patrie »
est donc un vocable né à l’ère
soviétique, tout en s’en démarquant sur
le plan strictement idéologique. Quand le mouvement
déliquescent de mai 68 frappait l’Europe occidentale
et qu’il était « in » de se proclamer
contestataire dans le sillage du jeune Cohn-Bendit, l’Union
Soviétique était, a contrario, agitée
par une contestation tranquille, nullement « progressiste
» et déliquescente, mais soucieuse de renouer
avec les racines russes pré-soviétiques, afin
de redonner une « épine dorsale » spirituelle
à un empire soviétique, prisonnier des limites
et des apories de l’idéologie froide (la notion
d’ « idéologie froide » se retrouvait
dans les écrits de Castoriadis, Papaioannou et Axelos
en France).
Dans les rangs de l’armée rouge, dès
la fin des années 60, l’idéologie communiste
ne faisait plus recette, était vraiment considérée
pour ce qu’elle était, c’est-à-dire
une fabrication sans profondeur temporelle ni spirituelle
: les officiers se souvenaient des généraux
des tsars, de Pierre le Grand, de Souvarine, de ces conquérants
de terre, de ces défenseurs de la « russéité
» face aux dangers tatar et turc. C’est à
cette veine-là que se réfèrent indubitablement
les animateurs, anciens communistes, du mouvement «
Rodina ».
La convergence, qui éveille votre curiosité
et justifie votre question, entre nationalisme et résidus
du communisme dans la Russie actuelle n’est donc nullement
étonnante. Seul ce mixte peut donner à terme
une majorité parlementaire capable de défendre
les intérêts de la Russie contre les menées
des agences internationales, des fondations américaines,
d’un éventuel mouvement « orange ».
Que Rodina soit ou non une création du Kremlin, n’a
pas d’importance. Ce mouvement doit, avec d’autres,
participer au barrage qu’il faudra bien constituer en
Russie, demain, pour affronter les « forces orange »
qui ne manqueront pas de se dresser, avec l’appui de
la Fondation Soros et de ses consoeurs, toutes virtuoses de
la « nouvelle subversion ».
2 - En novembre 2005, le LDPR de Vladimir Jirinovski
a fait exclure Rodina des élections à la Douma
de la ville de Moscou pour incitation à la haine raciale.
Ceci ne laisse pas de surprendre. Que faut-il penser du LDPR
? Son chef plutôt controversé, personnage haut
en couleurs et peu économe en provocations, est-il
à prendre au sérieux ?
Vous savez bien que les dissensions, les exclusions mutuelles,
les querelles de chapelle, les chamailleries de chefaillons
sont le lot quotidien des mouvements « identitaires
». La France, la Belgique francophone, l’Allemagne,
l’Espagne et d’autres pays encore connaissent
ce phénomène. La mouvance « nouvelle droite
» en deviendra même le paradigme aux yeux des
historiens de demain. Il est dû, à mon avis,
indirectement aux effets inconscients du « soft power
» américain. Je m’explique.
Jadis, Yannick Sauveur, représentant malheureusement
isolé, mais pertinent et courageux, du mouvement «
Jeune Europe » et de Jean Thiriart, avait rédigé
un mémoire universitaire sur la fonction métapolitique
d’une revue comme « Sélection du Reader’s
Digest », où il démontrait comment, tout
de suite après la victoire américaine de 1945
en Europe et en Extrême Orient, les services cherchaient
à remplacer les cultures nationales par une culture
prédigérée (« digest » !),
édulcorée, banale, où ne s’insinuerait
aucune pertinence historique ou politique, pouvant s’avérer
à terme contraire aux intérêts américains.
Par ailleurs, le grand angliciste français Henri Gobard,
à qui nous devons le concept de « guerre culturelle
», dénonçait les stratégies de
Hollywood, où le cinéma américain, qui
a cherché à s’imposer par la force, par
le chantage (comme celui que subit le gouvernement Blum en
France en 1948), dans tous les pays d’Europe et d’ailleurs,
offre des images, souvent bien présentées selon
toutes les règles du septième art, qui éclipsent
toutes les autres, potentielles, que l’on pourrait créer
sur notre propre histoire, sur nos propres mœurs, en
y insinuant nos propres messages politiques. Claude Autant-Lara,
dans le discours inaugural qu’il fit, en tant que doyen
des parlementaires à Strasbourg, a fustigé cette
situation avec un brio remarquable, qui provoqua bien entendu
un scandale chez les bonnes consciences de la « correction
politique » à Paris.
Les chamailleries des chefaillons viennent du simple fait
qu’ils sont inconsciemment imbibés de cette culture
fabriquée et exportée, qu’ils sont ensuite
prisonniers de vieux schémas obsolètes, que
l’on a laissé survivre parce qu’ils n’étaient
pas dangereux, qu’ils adhèrent et participent
aux faux débats, créés artificiellement
par les médias, débats sans objet réel
qui visent surtout à esquiver l’essentiel. La
mouvance nationaliste ou identitaire ou néo-droitiste
(peu importent les qualificatifs) n’a pas généré
une culture alternative suffisamment forte pour affronter
le « soft power » américain en France,
une culture alternative qui aurait été non schématique,
bigarrée, aussi polyvalente que la culture du «
Reader’s Digest » ou de Hollywood. Les cénacles
qui composent cette mouvance sont traversés de contradictions
irrésolues, sources de querelles, de scissions, d’effondrements
politiques et de ressacs, tout simplement parce qu’il
n’y a pas d’accord durable possible sur l’essentiel,
c’est-à-dire sur la sauvegarde des cultures et
des traditions du Vieux Monde, cultures et traditions qui
sont bien entendu les garantes de la souveraineté des
peuples, car elles devraient, si elles retrouvaient leur authenticité,
générer des formules politiques adéquates,
inscrites dans la continuité historique des peuples,
dans leur vécu pluriséculaire.
En ce sens, ce paysage politique de la mouvance identitaire
fragmentée, paysage tout de désolation, est,
indirectement, le résultat du poids très lourd
que pèse le « soft power » américain
sur l’ensemble des cultures d’Eurasie, Russie
comprise. Dans les Etats vassalisés de l’américanosphère
(selon le terme forgé par Guillaume Faye dans les années
80), aucune opposition organisée n’a vu le jour,
jusqu’ici, parce que toute émergence d’un
mouvement offensif sera, à court ou moyen terme, «
cassée » par une dissidence soudaine, qui agira
souvent en toute bonne foi, mais sera inconsciemment téléguidée
par un appareil secret, dont le siège se trouve Outre
Atlantique, où l’on ne cesse de pratiquer la
« guerre cognitive », comme la nomment les stratégistes
français contemporains.
L’opposition offensive, avant d’être brisée
dans son élan, reposera forcément sur une synthèse
ou un syncrétisme idéologique et affectif, composé
de « dérivations » et de « résidus
» pour parler comme Pareto, qui sera bien évidemment
fragile, présentera des failles, des faiblesses, où
s’insinuera le dissensus, téléguidé
par ceux qui, au sein des services, ont pour profession d’observer
d’abord, d’étudier les dynamiques à
l’œuvre dans le pays donné, de faire appel
à des historiens et des politologues qui éclaireront
leur lanterne. Il suffit de passer en revue les catalogues
de certaines maisons d’édition anglo-saxonnes.
Une dissidence apparaîtra qui s’appuiera sur un
programme en apparence similaire, sauf quelques nuances, qui
fera perdre des voix et des sièges à l’opposition
de première mouture, la déforcera dans la mise
sur pied de majorités parlementaires ou dans la création
d’un gouvernement de coalition. On se rappellera qu’il
suffisait jadis de générer des dissensions au
sein du mouvement communiste à l’aide des cénacles
trotskistes pour ruiner l’accession de communistes à
des postes clefs. Avec les nationalistes, au discours plus
flou, aux références bien plus bigarrées,
le travail serait, en l’état actuel des choses,
beaucoup plus aisé.
Dénoncer Rodina pour « incitation à la
haine raciale » doit tout simplement nous faire réfléchir
à quoi servent les lois, règlements et dispositions
qui permettent ce genre d’intervention intempestives,
contraire à la liberté d’expression et
même à l’esprit de tous les corpus juridiques
européens, soucieux de la liberté du «
civis romanus » ou de l’ « homo germanicus
». Notez que je m’insurgerais avec la même
véhémence contre toute loi qui interdirait le
socialisme, ou punirait l’expression d’idées
anarchistes, ou voudrait juguler l’expression de la
religion ou bannirait toute nouvelle exploitation ou interprétation
des idées de Marx et Engels (contre la nouvelle internationale
du « néo-libéralisme » par exemple,
qui est l’idée motrice de la « globalisation
» et de la « mondialisation » actuelles).
Tous les appareils et arsenaux judiciaires qui existent en
Europe, pour limiter l’expression d’idées,
sont autant de dénis des libertés politiques
et intellectuelles, qui servent à casser des élans
et à maintenir le statu quo ou à renforcer la
mainmise néo-libérale. C’est-à-dire
à installer la dictature masquée des sphères
économiques, ou comme ose le dire Pierre-André
Taguieff, en réhabilitant par là même
un concept qui était devenu sulfureux, la dictature
« ploutocratique ».
Or, au départ, les principes de la démocratie
visaient à faire advenir dans nos espaces politiques
une pratique quotidienne des « choses publiques »
(en latin : res publicae) cherchant à briser la pesanteur
des situations de statu quo. En Belgique, la loi électorale
à l’échelon communal (municipal) prévoyait,
au début de notre histoire politique, un exercice,
comme aujourd’hui, de six années, avec renouvellement
du tiers des conseils communaux tous les deux ans, afin d’éviter
les encroûtements, l’installation durable d’incapables
et les pratiques de concussion sur le long terme. Aujourd’hui,
cette pratique intelligente du « renouvellement »,
à chaque tiers de législature, est depuis belle
lurette jetée aux orties, et la corruption fonctionne
allègrement comme le prouvent les scandales récents,
ingérables, qui ont secoué le paysage politique
de villes comme Charleroi et Namur.
Ensuite, Moshe Ostrogovski, théoricien de la démocratie
dans la première moitié du 20ième siècle,
démontrait qu’une démocratie optimale
ne peut nullement fonctionner sur base de partis politiques
permanents. Si un parti politique demeure « permanent
», s’impose à la société
comme une « permanence » inamovible et indéboulonnable,
il crée, par sa présence ubiquitaire à
tous les échelons de décision de la communauté
populaire, des niches d’immobilisme, contraires au principe
de fluidité qu’a prétendu vouloir incarner
la démocratie, au départ, en Europe occidentale.
Le socialisme wallon, mais aussi le démocratisme chrétien
flamand, sont des exemples devenus paradigmatiques de déni
de démocratie, sous couleur d’une idéologie
qui n’a de « démocratique » que le
nom qu’elle veut bien se donner. Le grand sociologue
Max Weber, l’idéologue italien Minghetti, avaient,
à leur époque, dénoncé, eux aussi,
ces dérives malsaines. Ce type de dénonciation
est reprise aujourd’hui par le libéral belge
a-typique (et qui a de gros ennuis !), Alain Destexhe. Il
est en butte à la haine du bourgmestre FDF Gosuin d’Auderghem,
qui a lâché des fiers-à-bras, armés
de marteaux et d’autres objets contondants, contre les
amis de ce politologue avisé, comme s’ils étaient
de vulgaires militants « identitaires » ; preuve
sans nul doute que Destexhe, dans ses critiques, a visé
juste. Petite parenthèse : avez-vous déjà
entendu un idéologue de la mouvance identitaire faire
référence à ces corpus démocratiques,
rédigé par Destexhe et son ami Eraly, pour dénoncer
la fausse démocratie ambiante ? Non. Voilà une
des raisons de leur stagnation.
Je déplore donc que Jirinovski et ses co-équipiers
aient choisi de telles pratiques pour exclure un adversaire
politique des débats de la Douma. Ceci dit, je suis
profondément intéressé par ce que je
lis, et qui émane du LDPR et de sa commission géopolitique,
où œuvre le géopolitologue Mitrofanov,
dans les entretiens qu’a donnés Jirinovski au
« Deutsch National Zeitung » du Dr. Frey à
Munich, et surtout dans l’ouvrage universitaire que
Fabio Martelli a fait paraître naguère à
Bologne sur la « géopolitique de Jirinovski »
(F. Martelli, La Russia di Zhirinovskii, Il Mulino, Bologna,
1996 ; recension in Vouloir, n°9, 1997).
Cet ouvrage est important car il nous donne effectivement
les grandes lignes d’une géopolitique eurasienne
intéressante, dont les piliers sont les suivants :
1) faire advenir un projet eurasien qui repose sur l’idée
d’une fédération d’empires traditionnels
régénérés (on reconnaît
là une idée maîtresse de Douguine, dont
l’influence a dû s’exercer un moment sur
les « think tanks » du LDPR) ; pour l’équipe
rassemblée à l’époque autour de
Jirinovski, les principales traditions impériales à
ranimer sont celles de la Russie, bien évidemment,
du Japon, de l’Iran, du Saint Empire romain-germanique.
2) A ce quadrige d’empires devrait s’ajouter le
pôle balkanique serbo-bulgare, d’inspiration byzantine
et de base ethnique slave, réminiscence du projet brisé
de Stepan Douchane au 14ième siècle, immédiatement
avant les invasions ottomanes. 3) Jirinovski parle ensuite
de briser la puissance de l’Arabie Saoudite wahhabite
et alliée des Etats-Unis, depuis le contrat pétrolier
qui a uni Roosevelt et Ibn Séoud en 1945. Au wahhabisme,
il faut dès lors opposer un islam plus riche, plus
trempé de traditions diverses, enrichi par des syncrétisme
divers, notamment islamo-perse. 4) Le programme de la commission
géopolitique du LDPR évoque également
le projet de déstabiliser les pays très fortement
liés aux Etats-Unis, et périphériques
de la masse continentale eurasienne, comme la Grande-Bretagne,
en pariant là-bas sur l’élément
celtique et irlandais. Ce travail ne serait possible que par
le truchement d’une élite d’ascètes
traditionalistes, réceptacles des cultures immémoriales
du Vieux monde eurasien.
Un programme cohérent, donc, à méditer,
au-delà de toutes les querelles de chapelle.
3 - Récemment les français ont pu découvrir
Alexandre Dugin et aussi lire ses travaux qui empruntent à
Alain de Benoist, sans s’en cacher d’ailleurs,
un bon nombre de ses réflexions. Bien que Dugin soit
souvent cité dans les milieux identitaires, son mouvement
Evrazija (Eurasie) semble pourtant aligner des effectifs plutôt
limités. Que recouvre concrètement le terme
d’Eurasie ? Quelle est l’influence réelle
de Dugin et de son mouvement sur la politique Russe ?
Vous aurez appris que j’ai rencontré Alexandre
Douguine, à Paris d’abord en 1991, à Moscou
ensuite en 1992, et, enfin, en novembre 2005, lors de sa tournée
de conférence en Belgique. On ne peut pas dire que
Douguine incarne un calque russe du message de la «
nouvelle droite » parisienne, du moins dans l’état
actuel où se trouve celle-ci. L’évolution
de ce mouvement français, rupturaliste à ses
débuts, va, depuis une bonne décennie, comme
l’avait très bien prévu Jean Thiriart
dès la fin des années 60, dans le sens d’une
confusion totale et se caractérise par l’absence
de toute clarté dans le discours. Douguine, comme moi-même
et bien d’autres, retient fort justement l’idée
néo-droitiste initiale d’une bataille métapolitique,
à gagner avant de vaincre sur le plan politique, mais,
la situation française étant ce qu’elle
est, avec ses verrouillages et ses interdits, de Benoist n’a
pas pu véritablement s’insérer dans les
débats de la place de Paris.
Face à cet échec, dont il n’est nullement
le responsable mais la victime, de Benoist a cru bon, par
toutes sortes de manœuvres rentrantes et de stratagèmes
de contournement, finalement boiteux, de tenter quand même
un entrisme dans le PIF (paysage intellectuel français),
notamment via les antennes de « France Culture »,
où il participait à d’excellentes émissions,
comme aujourd’hui, en marge du PIF, à Radio Courtoisie.
Alain de Benoist s’est fait malheureusement éjecté
de partout, poursuivi par la vindicte d’une brochette
de vigilants hystériques. Les plus anciens de vos lecteurs
se rappelleront certainement de toutes ces affaires parisiennes
récurrentes, où le pauvre de Benoist était
la tête de Turc, de l’affaire ridicule des candélabres
SS, du complot dit des « rouges bruns » (1993),
orchestrés par les Olender, Daeninckx, Monzat, Spire,
Plenel et autres figures malveillantes et malfaisantes du
Tout-Paris.
Cette haine tenace, indécrottable, permanente, a déstabilisé
psychologiquement le malheureux de Benoist, qui en est sorti
complètement déboussolé. Peureux de nature,
n’étant ni un polémiste vigoureux ni un
foudre de guerre, déçu et meurtri, tenaillé
par la frousse de se faire traiter de « raciste »
(ce qu’il n’est assurément pas), il n’a
plus cessé de se dédouaner et, dans ce misérable
travail de déconstruction de soi, de ce qu’il
avait été, a trahi tous ses amis, dont Guillaume
Faye, exposant d’un intéressant projet «
eurosibérien ». Cette trahison, peu reluisante
sur le plan éthique, lui a valu des polémiques
supplémentaires, dont il fit les frais, et qui émanaient
cette fois de la mouvance néo-droitiste elle-même,
dont un certain « Cercle gibelin », aujourd’hui
disparu. De Benoist est désormais pris en tenaille,
d’une part, par ceux qui ont toujours voulu l’exclure
des débats, et, d’autre part, par ses anciens
amis qui n’acceptent pas ses trahisons. Sa position
est pour le moins inconfortable.
Les « vigilants » de la correction politique
reprochaient à de Benoist d’avoir fréquenté
Douguine. Et d’avoir rencontré Ziouganov, leader
du PCR, et Babourine à Moscou. Pour ces « vigilants
», ces petits débats moscovites, intéressants,
courtois, publiés dans le journal « Dyeïnn
» de Prokhanov -l’ancien directeur de «
Lettres soviétiques » qui avait réhabilité
Dostoïevski (quel crime !)-, annonçaient une terrible
convergence totalitaire, qui allait tout de go balayer la
démocratie occidentale, provoquer comme par un coup
de baguette magique la fusion entre le PCF et le FN de Le
Pen, capable de devenir le premier parti de France : la figure
de « Mascareigne », du fameux roman humoristique
de Jean Dutourd, risquait de devenir une réalité
! On nageait en plein délire. Les rapports entre de
Benoist et Douguine se sont relâchés, à
la suite de ces scandales, jusqu’au moment où
notre ami russe a connu le succès dans son pays, est
devenu un animateur radiophonique en vue, a patronné
la création de plusieurs sites internet du plus haut
intérêt, sans plus éveiller la méchante
verve de nos « vigilants », dont les gesticulations
n’avaient pas vraiment ameuté les foules.
Le tour de force de Douguine a été de trouver
dans quelques pays de bons traducteurs de la langue russe.
En Belgique, je dois à ce cher Sepp Staelmans quelques
excellentes traductions de Douguine et d’articles tirés
de sa revue « Elementy ». Les autres traductions
issues du russe me viennent de jeunes et charmantes collaboratrices
et stagiaires de mon bureau, et je profite de votre entretien
pour les remercier une fois de plus. En Espagne et en Italie,
des slavistes chevronnés, dont Mario Conserva, nous
ont livré de bonnes traductions, qui ont servi de base
à leurs publications en français, généralement
éditées par Christian Bouchet. La stratégie
de Dougine, avisée, a donc été de trouver
les bons hommes aux bonnes places, partout en Europe et dans
le monde.
Pour moi, Douguine est essentiellement, sur le plan spirituel
et idéologique, le traducteur et, partant, l’importateur,
des idées et visions de René Guénon et
Julius Evola en Russie. En ce sens, il doit plus aux travaux
d’un Claudio Mutti en Italie ou d’un Antonio Medrano
en Espagne qu’à de Benoist. Douguine est aussi
celui qui a couplé le traditionalisme de Guénon
et d’Evola à l’œuvre du Russe Constantin
Leontiev. Ce dernier contestait la volonté des panslavistes
modernistes à vouloir démembrer l’Empire
ottoman moribond, à ramener les Balkans dans le giron
d’une Europe gangrenée par la modernité
ou dans celui d’une orthodoxie dont la rigueur s’affaiblissaient.
C’est dans Leontiev qu’il faut aller retrouver
les racines d’une certaine « islamophilie »
de Douguine. Cette islamophilie n’est nullement d’inspiration
hanbalite ou wahhabite mais renoue avec un certain soufisme
caucasien, plus particulièrement azéri et perse,
qui a fusionné avec le chiisme au temps des shahs séfévides.
Dans ce soufisme azéri islamisé, on trouve des
références à la tradition hyperboréenne,
que ne retient évidemment pas l’islam saoudien.
Rappelons que la dynastie des Séfévides iraniens
s’est imposée à la Perse, moribonde après
les invasions mongoles, grâce au concours d’un
mouvement religieux et militaire azéri et turkmène,
les « Qizilbash », ou « chapeaux rouges
», qui s’opposeront aux Ottomans sunnites et aux
Ouzbeks, tout en faisant alliance avec les Byzantins en exil,
le Saint Empire et l’Espagne.
Pour clore le chapitre des rapports de Douguine et de la
ND française, je rappellerais ici que, pour illustrer
ce qu’est, ou a été, la ND, le site «
Evrazija » affiche mes réponses personnelles
sur cette mouvance, accordée à Marc Lüdders
à la fin des années 90, dans le cadre d’un
ensemble de débats, en Allemagne, sur les évolutions,
involutions, mutations et métamorphoses des «
nouvelles droites » (car le pluriel s’impose,
effectivement !).
Le mouvement « Evrazija » n’est pas un
mouvement de masse, donc la question de ses effectifs me parait
oiseuse. Ce qui compte, c’est son accessibilité
via la grande toile, c’est la présence réelle
et physique de son animateur sur la scène internationale,
en Europe, aux Etats-Unis, au Japon, en Iran, c’est
la répercussion de ses voyages dans les médias
russes.
Quant au terme « Eurasie », terme clef dans la
vision du monde de Douguine, je pense qu’il signifie
surtout, pour lui, de deux choses :
1) sauver au minimum la cohérence du territoire de
l’ex-URSS, réceptacle potentiel d’une aire
de « civilisation russe », exactement comme le
Shah d’Iran parlait, à propos des zones chiites
de Mésopotamie et d’Afghanistan, d’une
aire de la « civilisation iranienne ». En même
temps que cette cohérence territoriale du noyau russe
et de ses glacis adjacents, Douguine réclame, dans
sa vision eurasiste, une cohérence spirituelle en amont
de l’histoire, qui se réfère au temps
d’un « âge d’or », contrairement
à la cohérence en aval que postulait le communisme
messianique, qui oeuvrait pour l’avènement d’une
félicité planétaire au terme de l’histoire,
après l’élimination de tous les reliquats
du passé (« Du passé, faisons table rase
! »). Cette cohérence en amont permet de sauter
au-dessus des clivages religieux et ethniques et d’unir
tous les tenants de la « Tradition primordiale »,
dont dérivent toutes les traditions actuelles (ou ce
qu’il en reste), dans une même phalange, contre
l’idéologie moderniste de l’Occident américanisé
;
2) de donner, à l’instar des nombreux eurasistes
russes des années 20, qu’ils aient été
blancs ou rouges, en URSS ou en exil, ou qu’ils se soient
situé idéologiquement entre les deux pôles
de la terrible guerre civile, comme les « monarchistes
bolcheviques », une dimension dynamique à références
scythes, mongoles ou tatares. Pour les eurasistes des années
20, comme pour le panslaviste Danilevski au 19ième
siècle, comme pour le Spengler tardif, les sociétés
sédentaires d’Europe occidentale ont fait vieillir
les peuples prématurément, en ont fait de petits
rentiers craintifs, des boursicotiers ou des ronds-de-cuir,
alors qu’une idéologie sauvage, conquérante
et cavalière, comme celle, implicite, des conquérants
mongols unificateurs de l’Eurasie quand ils étaient
au sommet de leur gloire, aurait permis de garder la jeunesse
et, partant, la créativité. Pour Douguine, tous
les unificateurs de l’Eurasie, quelle que soit leur
carte d’identité raciale, sont des modèles
à rappeler, à exalter et à imiter. Douguine
a parfois parlé de la Russie, du Continent russe, comme
le fruit de la fusion idéale entre éléments
slaves (indo-européens) et turco-mongols.
A ces deux piliers principaux de la vision douguinienne du
mouvement eurasiste, il faut ajouter la connaissance de la
géopolitique allemande de Karl Haushofer, penseur de
l’idée du « quadrige grand-continental
», avec la Russie soviétique, l’Allemagne
hitlérienne, l’Italie mussolinienne et le Japon
shintoïste.
Mon compatriote et ancien voisin de quartier, Jean Thiriart,
qui fit également le voyage à Moscou avant de
mourir en novembre 1992, avait théorisé l’idée
d’une grande Union Soviétique, étendue
à l’ensemble de la masse continentale eurasienne,
portée par un communisme corrigé par la philosophie
nietzschéenne (réétudiée en URSS
par le philosophe Odouev), et par là même, futuriste,
toujours hostile aux religions établies. Thiriart et
Douguine s’entendaient bien, même si leurs visions
étaient diamétralement opposées sur le
plan religieux. Il faut relire aussi les textes derniers de
Thiriart, notamment dans les diverses revues « nationales
bolcheviques », publiées à l’époque
par Luc Michel, et dans « Nationalisme & République
», organe animé par Michel Schneider, vieil admirateur
français de Thiriart.
L’influence de Douguine sur la politique russe ne peut
pas se mesurer de manière précise : disons qu’il
est un exposant de vérités russes, eurasiennes,
parmi beaucoup d’autres exposants. Comme dans le cas
de la « révolution conservatrice » allemande
des années 20, qui fut un foisonnement luxuriant, Douguine,
au sein de l’anti-conformisme russe actuel, occupe une
place de choix, parmi bien d’autres, dans un paysage
idéologique tout aussi luxuriant.
4 - Tous ces mouvements précédemment
évoqués semblent plus ou moins soutenir la politique
de Poutine. Est-ce vraiment le cas ? Faut-il en conclure que
le personnage de Poutine n’est pas exempt d’aspects
intéressants au regard d’un identitaire ? Peut-on
lui faire confiance ?
Douguine a très bien expliqué que Poutine,
dans le contexte d’une Russie démembrée,
est le « moindre mal ». Douguine insistait pour
nous expliquer qu’à son avis la faiblesse du
poutinisme réside tout entière dans son incapacité
à générer une élite ascétique
alternative, suffisamment bien armée et structurée,
pour faire face à toutes les éventualités.
Il dit ainsi, en d’autres termes, ce que j’ai
tenté de vous expliquer dans l’une de vos questions
précédentes : en Russie aujourd’hui, comme
en Europe ou ailleurs dans le monde, la plus extrême
difficulté, à laquelle nous allons tous devoir
faire face, est de remettre une élite politique sur
pied, à même de comprendre les rouages impériaux
et traditionnels, de connaître notre histoire sans les
filtres médiatiques, qui faussent tout. Il faut un
temps infini pour reconstituer une élite de ce type,
telle que l’avait si bien définie, en son temps,
l’Espagnol José Ortega y Gasset. Pour l’instant,
sans cette élite alternative, sans les glacis qui membraient
jadis le territoire russe, sans les masses financières
dont disposent ses adversaires, Poutine n’a évidemment
pas les moyens de faire une grande politique russe tout de
suite, de mettre « échec et mat » ses adversaires
en un clin d’oeil. Il doit avancer au coup par coup,
à petits pas, travailler avec les moyens du bord, en
affrontant le travail de sape des oligarques, des fondations
néo-libérales, des agences médiatiques
américaines.
Poutine gagnera la bataille, mais uniquement s’il parvient,
comme nous l’a démontré notre ami autrichien
Gerhoch Reisegger dans les colonnes d’ « Au fil
de l’épée », à réaliser
les projets eurasiens d’oléoducs et de gazoducs,
entre la Chine, le Japon, les deux Corées, l’Inde,
l’Iran et l’Europe. Le pétrole et le gaz
fourniront à la Russie, du moins si les oligarques
n’en détournent pas les fonds, les moyens de
sortir de l’impasse. Mais ce projet général
est systématiquement torpillé par les Etats-Unis
et leurs alliés saoudiens wahhabites. La Tchétchénie
se situe sur le tracé d’un oléoduc amenant
le brut des rives de la Caspienne. La Géorgie devait
théoriquement accueillir les terminaux sur la Mer Noire
; elle pratique une politique anti-russe, dont les derniers
soubresauts ont émaillé les actualités
fin septembre début octobre 2006. Pour alimenter l’Allemagne,
il a fallu contourner les nouveaux membres de l’OTAN
en Europe de l’Est, la Pologne et la Lituanie. La grande
guerre pour le pétrole est celle qui se déroule
sous nos yeux, mais elle ne fonctionne plus comme les deux
grandes conflagrations de 1914 et de 1939. La guerre a pris
d’autres visages : celui de la guerre cognitive, celui
de la guerre indirecte, celui du « low intensity warfare
», celui des guerres menées par personnes ou
tribus interposées.
5 - Seul le Parti National Bolchevique, à
l’esthétique pour le moins provocante et conduit
par le célèbre écrivain Eduard Limonov,
entretient une véritable agitation contre le pouvoir
Poutinien. Dans son opposition systématique au Kremlin,
il est allé jusqu’à s’allier aux
mouvements pro-occidentaux et libéraux. N’est-ce
pas un peu paradoxal ? Que penser de ce mouvement et de son
chef qui semble compter quelques soutiens parmi de nombreux
intellectuels français de gauche comme de droite ?
Pour moi, Edouard Limonov reste essentiellement l’auteur
d’un livre admirable : « Le grand hospice occidental
». Dans cet ouvrage, publié en français,
Limonov reprenait à son compte un vieux thème
de la littérature russe, celui du vieillissement prématuré
et inéluctable de l’Occident. On le retrouve
chez les slavophiles du début du 19ième siècle,
qui considéraient les peuples latins et germaniques
comme « finis », comme des peuples qui avait épuisé
leurs potentialités, bref comme des peuples vieux.
Danilevski, dans une perspective non plus slavophile et donc
ruraliste et paysanne, mais dans une perspective panslaviste
plus moderniste et offensive, réactualisait, quelques
décennies plus tard, la même idée. Plus
récemment, un auteur, mort dans la misère à
Moscou en 1992, Lev Goumilev, qui a influencé Douguine,
évoquait la perte de « passion », de «
passionalité », chez les peuples en voie de déclin
(sur Goumilev et son influence sur les nouvelles droites russes,
voir l’ouvrage universitaire très fouillé
de Hildegard Kochanek, Die russisch-nationale Rechte von 1968
bis zum Ende der Sowjetunion, F. Steiner Verlag, Stuttgart,
1999). Moeller van den Bruck, traducteur allemand de Dostoïevski
et figure de proue de la « révolution conservatrice
», parlait de « révolution des peuples
jeunes », parmi lesquels il comptait les Itlaiens, les
Allemands et les Russes. Pour lui, les peuples vieux, étaient
les Anglais et les Français. Limonov ne veut pas que
la Russie devienne un « hospice », comme l’Occident
qu’il fustigeait à sa façon, en d’autres
termes que Zinoviev quand ce dernier démontait les
mécanismes de l’occidentisme. Mais, à
lire attentivement les deux ouvrages, celui de Limonov et
celui de Zinoviev, on trouvera sans nul doute des points de
convergence, qui critiquent l’étroitesse d’horizon,
la nature procédurière, voire judiciaire, des
rapports sociaux, en Occident.
Cette horreur du vieillissement et de l’encroûtement,
que subissent effectivement nos peuples, a amené bien
évidemment Limonov à une autre nostalgie, intéressante
à noter : celle de la littérature engagée,
celle de l’écrivain combattant, militant, auréolé
d’un panache d’aventurier. Jean Mabire, récemment
décédé, n’avait jamais cessé
de nous dire, justement, que cette littérature-là
est la plus séduisante de nos deux derniers siècles,
qu’elle est impassable, qu’on y reviendra inlassablement.
Limonov, fidèle à ce double filon, celui de
la jouvence russe et celui de l’engagement, a forcément
posé une esthétique de la révolution
et de la provocation, de la bravade, celle que vous évoquez
dans votre question. Cette esthétique est comparable
à celle des écrivains du temps de la guerre
d’Espagne ou à celle des rédacteurs de
« Gringoire » ou « Je suis partout »
en France, autant d’écrivains engagés,
dont le plus connu demeure évidemment André
Malraux, avec sa « voie royale » et son action
dans l’aviation républicaine. Il y a eu des Malraux
communistes, fascistes et gaullistes. Limonov entend faire
la synthèse de ces gestes héroïques, de
ces postures mâles, politisées, impavides, picaresques,
et de les incarner en sa propre personne.
Limonov a donc pris la pose de ces écrivains des années
30, dans un contexte contemporain où ce type d’attitude
est totalement rejeté et incompris, car nous ne sommes
plus du tout dans une période héroïque
de l’histoire, mais dans une période plate et
triviale. Cet anachronisme apparent, qui déroute et
choque, rend évidemment Limonov sympathique à
tous ceux qui, à gauche comme à droite, regrettent
le bel âge des engagements totaux.
Embastillé naguère pour ses multiples frasques
par Poutine ou par un juge nommé par Poutine, Limonov,
en toute bonne logique révolutionnaire/littéraire,
se mettra à combattre, sans répit et de manière
inconditionnelle, celui qui l’a fait jeter dans un cul-de-basse-fosse.
Et là, nous débouchons immanquablement sur les
paradoxes que vous soulignez. Un ultra-national-bolchevique,
haut en couleur, au talent littéraire avéré,
qui s’allie à des libéraux pour lutter
de concert contre un régime présidentiel parce
que celui-ci ne les autorise pas à marchander et à
trafiquer à leur guise, c’est bien entendu un
paradoxe de belle ampleur ! Mais ce n’est certes pas
la première fois dans l’histoire que cela se
passe…
Il n’y a rien à « penser » du mouvement
de Limonov. Il y a à constater son existence, à
observer ses vicissitudes. Sans entonner des louanges déplacées.
Sans tonner de condamnation pour se dédouaner. Le phénomène
Limonov, comme tout phénomène du même
acabit, comme celui d’Eric Wichman en Hollande dans
les années 20 et 30 (cf. l’article de Frank Goovaerts
sur www.voxnr.com), comme le phénomène Van Rossem
en Belgique il y a une quinzaine d’années, sont
nécessaires au bon fonctionnement d’une communauté
politique. Les outrances ne déplaisent qu’aux
rassis et aux moisis. Elles mettent en exergue des disfonctionnements
avant que tous les autres ne s’en rendent compte. Elles
font office de signaux d’alarme.
Personnellement, je n’ai jamais rencontré Limonov.
Le Français qui l’a le mieux connu, et l’a
défendu en organisant pour lui un comité de
soutien, est Michel Schneider, l’ancien animateur de
la revue « Nationalisme & République ».
6 - D’autres mouvements plus marginaux, comme
l’Union Russe Nationale, aux sympathies ultra-orthodoxes
et au nationalisme traditionnel, semblent constituer une nébuleuse
insaisissable. Quel est le potentiel de ces multiples mouvements
dont le discours est un subtil mélange de panslavisme,
d’anti-américanisme, d’orthodoxie et parfois
même de communisme ?
Comment voulez-vous que je vous réponde, si la nébuleuse
est insaisissable ? Comment voulez-vous que je la saisisse
? Comme les bravades de Limonov à l’avant-scène,
sous les feux de la rampe, les nébuleuses, en arrière-plan,
comme « fond-de-monde », sont tout aussi nécessaires.
Dans le contexte qui nous préoccupe, vous énumérez
les ingrédients de la nébuleuse, tous ingrédients
consubstantiels à la culture russe. Vous oubliez simplement
la slavophilie, présente dans des réseaux comme
Pamiat, au début de la perestroïka. La slavophilie,
comme toutes les références « völkisch/folcistes
» est évidemment insoluble dans le libéralisme
et la globalisation, puisque ses références
sont le peuple particulier, face à un monde d’élites
dénationalisées. Aucune « généralité
» philosophique ou politique ne trouve grâce à
ses yeux.
Le panslavisme hisse cette slavophilie à un niveau
quantitativement supérieur, veut une union de tous
les Slaves, qui ne s’est pas réalisée
parce les clivages confessionnels sont demeurés plus
forts que l’appel à l’unité. Entre
Catholiques polonais et Uniates ukrainiens, d’une part,
Orthodoxes russes et autres, d’autres part, sans oublier
la tradition laïque ou hussite en Bohème, entre
Catholiques croates et Orthodoxes serbes, les fossés
sont chaque fois trop grands, n’ont jamais pu être
comblés, en dépit des exhortations et des proclamations.
Si le panslavisme n’a pas fonctionné, comment
voulez-vous, dès lors, que cette russéité,
ou ces identités slaves non russes, s’évanouissent
dans une panmixie planétaire ?
L’orthodoxie, bien plus conservatrice que le catholicisme,
dans ses formes et sa liturgie, constitue bien entendu un
rempart plus solide encore contre la mondialisation et ses
effets pervers. Quant au communisme, aujourd’hui, il
n’est plus du tout la pratique quotidienne de la révolution,
l’espoir d’un monde meilleur, mais un reliquat
du passé. Le réflexe conservateur inclut désormais
l’idéologie révolutionnaire dans ses nostalgies,
parce que cette idéologie ne meut plus rien, ne participe
pas à la grande marche en avant éradicatrice
de la modernité : l’idéologie de la globalisation,
de la table rase, de l’éradication, c’est
désormais le néo-libéralisme et non plus
la vieillerie qu’est devenue le communisme.
Dès l’heure de la perestroïka, le philosophe
Mikhaïl Antonov avait repris la critique du matérialisme
économique énoncée au début du
20ième par des figures comme Soloviev et Boulgakov.
Pour leur discipline et actualisateur Antonov, les idéologies
matérialistes, comme le capitalisme et le socialisme
se réclamant du matérialisme économique,
sont responsables des catastrophes du 20ième siècle
et de l’effondrement de l’économie soviétique.
La disparition du communisme strict, sous Gorbatchev, ne conduira,
pensait Antonov, qu’à un accroissement du bien-être
matériel, ce qui maintiendra, pour son malheur, la
Russie dans une forme seulement plus actualisée du
soviétisme moderniste, lui-même issu du matérialisme
bourgeois occidental. Pour éviter cet enlisement, l’économie
doit se référer à des traditions nationales
russes, moduler ses pratiques sur celles-ci, et ne pas adopter
des modèles occidentaux, américains, néo-libéraux.
Le publiciste nationaliste Sergueï Kara-Mursa, poussant
plus loin encore les thèses d’Antonov, affirme
que le capitalisme est intrinsèquement étranger
à l’âme russe, incompatible avec les principes
de fraternité de la chrétienté orthodoxe,
fondements du caractère national russe et matrices
de ses orientations socialistes spontanées et particulières,
inaliénables et pérennes.
L’ouverture que constituait la perestroïka était
dès lors perçue, par des hommes comme Antonov
et Kara-Mursa, comme une tentative de miner les fondements
moraux et spirituels du peuple russe et de lui injecter, par
la même occasion, le « poison » de la civilisation
capitaliste occidentale. Les théories d’Antonov
seront rapidement reprises par Ziouganov dans le programme
du PCR, ce qui explique la mutation profonde de ce parti,
qui renonce ainsi à tout ce que le communisme avait
de rébarbatif et d’inacceptable, et, par voie
de conséquence, explique toutes les convergences entre
nationaux et communistes, objets de cet entretien.
Dans la nébuleuse, que vous évoquez, c’est
la notion de fraternité qui est cardinale, qui est
le point de référence commun. Elle est effectivement
incompatible avec le néo-libéralisme, idéologie
de la globalisation. Elle postule le solidarisme, soit un
socialisme de la fraternité, d’où ne sont
pas exclues les dimensions religieuses.
7 –Les médias occidentaux ont attribué
la paternité des violences ethniques survenues en Carélie,
dans la ville de Kondopoga, à un mystérieux
mouvement russe contre les migrations illégales, le
DPNI. Qui se cache derrière cette organisation et quelle
force représente-t-elle concrètement ? Le DPNI
semble jouir d’une certaine sympathie auprès
de la population russe, est-ce le cas ?
L’affaire de Kondopoga est évidemment un fait
divers tragique, comme nous en connaissons à profusion
en Belgique et en France. Cette année, à Arlon
et à Ostende, des bandes tchétchènes
ont tué un jeune, rançonné des fêtards,
ravagé une discothèque. Les brigades spéciales
de la police fédérale de Bruges ont dû
intervenir à la côte. Ces énergumènes
ont évidemment un sentiment de totale impunité
: ils se posent comme les victimes de Poutine et de l’armée
russe. Ils sont des résistants intouchables, adulés
par un journal comme le Soir. A Arlon, à la suite de
l’assassinat sauvage d’un jeune homme tranquille
de 21 ans, une « marche blanche » de plus de 2000
personnes a défilé, réclamant la dissolution
des bandes tchétchènes. La presse n’en
a pas dit un mot !
En Russie, et surtout dans cette zone excentrée de
la Carélie, la foule n’a pas eu recours à
une « marche blanche », mais s’est exprimée
d’une autre façon, plus musclée.
Je ne peux évidemment juger du capital de sympathie
ou d’antipathie dont bénéficie le DPNI
en Russie. On peut simplement constater en Europe comme en
Russie une lassitude de la population face à des exactions
commises par des diasporas agressives et déboussolées.
8 – L’antenne russe du site internet
Indymedia, qui se revendique un média alternatif et
dont la tonalité est clairement altermondialiste, a
récemment suscité la polémique. Certains
militants antiglobalisation accusaient son animateur, Vladimir
Wiedemann, de sympathie avec la Nouvelle Droite. Plus largement,
existe-t-il en Russie des connexions entre la mouvance antiglobalisation
et des éléments d’obédience nationale-identitaire
?
Vladimir Wiedemann est l’un des hommes les plus charmants,
que j’ai rencontré. J’ai fait sa connaissance
dans le Fichtelgebirge en Allemagne et nous nous sommes promenés,
avec le Dr. Tomislav Sunic venu de Croatie, dans les rues
de Prague. C’était à l’occasion
d’une Université d’été allemande
en 1995. Depuis, Vladimir Wiedemann a participé à
plusieurs universités d’été et
à des séminaires de « Synergies européennes
» ou de la « DESG/Deutsch-Europäische StudienGesellschaft
», organisation sœur en Allemagne du Nord. Wiedemann
a ensuite négocié avec les altermondialistes
d’Indymedia l’ouverture, sous sa houlette, d’une
antenne russe de ce réseau de sites contestataires.
C’est bien sûr ce qui a déclenché
le scandale après quelques mois.
Je ne sais pas si l’on peut qualifier Vladimir Wiedemann
d’exposant de la ND. Ses positions sont bien différentes.
Surtout quand il évoque la nécessité
de retrouver des racines byzantines et orthodoxes pour refonder
l’impérialité russe. La renaissance russe
passe donc, à ses yeux, par une théologie impériale,
de facture byzantine, où l’Empereur est simultanément
chef de guerre et « pontifex maximus ».
Cette position orthodoxe pure met évidemment Wiedemann
en porte-à-faux avec une ND, du moins en France, qui
valorisait l’Empereur, et surtout Frédéric
II de Hohenstaufen à la suite de Benoist-Méchin,
mais un empereur qui s’était débarrassé
au préalable de tous les oripeaux du christianisme
et ne régnait que par son charisme personnel et par
la gloire de ses actions, sans référence à
un au-delà ou à une métaphysique quelconque.
Wiedemann va même plus loin : cette théologie
impériale byzantine doit être capable, à
terme, de générer un « espace juridique
et impérial unitaire et grand continental »,
expliquait-il lors de l’Université d’été
du Fichtelgebirge. Nous n’avons plus affaire, comme
chez Douguine, à une référence à
l’eurasisme des années 20, d’inspiration
scythique ou panmongoliste, complétée par une
réflexion sur les thèses ethnogénétiques
de Goumilev, ni à un futurisme technocentré
et technomorphe comme chez Thiriart ou Faye, mais à
une tradition religieuse romaine, dans l’expression
qu’elle s’était donnée à
Byzance, au temps de sa plus grande gloire. Wiedemann prend
très au sérieux, et sans nul doute plus au sérieux
que tous les autres exposants du non conformisme identitaire
russe contemporain, le rôle dévolu à la
Russie après la chute de Constantinople en 1453 : celui
d’être une « Troisième Rome »,
qui reprendrait intégralement à son compte le
système traditionnel de l’impérialité
incarnée par le Basileus byzantin (cf. V. Wiedemann,
« Russie : arrière-cour de l’Europe ou
avant-garde de l’Eurasie ? », in : Vouloir, n°6,
1996).
Quant aux connexions entre altermondialistes et identitaires,
elles existent de facto potentiellement, à défaut
d’exister in concreto sur le plan organisationnel, car
une hostilité au déploiement néo-libéral
planétaire actuel est plus conforme aux discours, épars
aujourd’hui encore, des identitaires qu’à
ceux des altermondialistes de gauche. Ceux-ci rejettent tout
autant les obligations et les devoirs qu’implique une
identité, ou, plus exactement, une imbrication dans
une continuité historique particulière et non
interchangeable, que les capitalistes globalistes contre lesquels
ils s’insurgent. Au discours globaliste de Davos, ils
opposent un autre discours globaliste, également sans
frontières, sans ordre, sans garde-fou. Quand des militants
de l’antenne wallonne de « Terre & Peuple
», de concert avec des militants de « Nation »,
m’avaient demandé de parler de l’Europe
et de la globalisation en novembre 2005 à Charleroi,
j’ai utilisé, pour parfaire et étayer
ma démonstration, les nombreux petits ouvrages diffusés
par ATTAC, en en corrigeant les outrances ou les dérapages
ou les insuffisances, mais aussi en montrant tous les points
de convergence qui pouvaient exister entre eux et les positions
de « Synergies européennes ».
Wiedemann a dû poser exactement la même analyse
en Russie : il s’est présenté et est devenu
tout naturellement l’animateur d’Indymedia-Russie.
Sa haute intelligence doit rendre ce site-là bien plus
intéressant que les autres émanations d’Indymedia.
Wiedemann ne doit publier que des textes pertinents, en expurgeant
toute la phraséologie post-soixante-huitarde, tous
les dégoisements gnangnan que cet altermondialisme
officiel produit. D’où les colères impuissantes
qu’il a suscitées.
Fait à Forest-Flotzenberg, octobre 2006.
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