
Des nations fédérales dans
une Europe confédérale
L’actualité récente est marquée,
pour nous Suisses, par le plébiscite en faveur des
lois Blocher portant sur l’asile et les étrangers.
D’aucuns prétendent que la politique migratoire
suisse se situe désormais parmi les plus dures d’Europe.
Des organisations internationales telles le HCR sont même
allées jusqu’à traiter ces lois d’inhumaines.
Les 68% de Suisses qui ont voté (à l’unanimité
des cantons) en faveur de ces lois doivent s’amuser
des prises de positions toujours plus ubuesques des gardiens
de la sacro-sainte morale droitdelhommesque !
Il serait de bon ton que les Européens aussi s’en
amusent et en tirent des leçons. Il ne faudrait pas
oublier que depuis des mois, les Suisses étaient assomés
par la propagande, qu’elle vienne des milieux immigrationistes,
des médias ou de l’instruction publique. Les
sondages prédisaient un petit oui, bref rien ne supposait
un tel raz-de-marée en faveur de deux oui. Les Suisses
sont-ils pour autant plus intelligents et plus résistants
à la propagande que leurs voisins ?
Non ils bénéficient simplement d’un meilleur
système politique, la démocratie semi-directe.
Ce qui signifie que tout citoyen suisse peut faire opposition
aux lois votées au parlement en récoltant 50.000
signatures et en proposer une en récoltant 100.000
signatures en 100 jours. Ces deux démarches découlant
sur des votations où le peuple souverain a le dernier
mot. D’autre part, grâce à l’état
fédéral, les cantons bénéficient
d’une grande indépendance qui leur permet, par
exemple, de décider que les naturalisations se fassent
par votations communales (c’est le cas dans beaucoup
de communes alémaniques). C’est-à-dire
que les habitants de la commune choisissent eux-mêmes
ceux qui méritent la nationalité suisse lors
de votations, lesquelles ont lieu une ou plusieurs fois par
année. On est bien loin du droit du sol français…
Il est sûr qu’avec un tel système, l’Europe
connaîtrait bien moins de problèmes qu’aujourd’hui.
C’est aussi la raison, outre la supposée radinerie
suisse, pour laquelle le peuple helvète se fait peu
à l’idée d’intégrer un jour
ou l’autre la communauté européenne.
Pourtant est-il bien raisonnable de penser que nous, Suisses,
puissions faire face aux défis de demain tout seuls
? De même est-il réaliste que nous puissions
sauvegarder nos traditions démocratiques dans le machin
technocratique de Bruxelles ? Aux deux questions la réponse
est non ! Ainsi, dans les deux cas nous sommes perdants. Nous
pourrons durcir notre politique migratoire tant que nous le
voudrons, si le reste de l’Europe ne le fait pas, ce
ne sera que coups d’épée dans l’eau.
Mais si nous nous fondons dans l’union européenne,
nous abandonnons notre liberté et devenons un paradis
pour tous les immigrés vivant en Europe.
Il n’y a donc qu’une solution, l’Europe
doit changer ! Bien entendu pas seulement pour le bon plaisir
des Suisses mais à l’avantage des Européens
avant tout. Dans le cœur de l’Europe est née
une conception de l’état qui fait recette, il
est temps que tous les Européens en profitent. Imaginez
la formule poétique la France des régions dans
l’Europe des Nations en terme juridique des états
fédéraux dans une Europe confédérale.
Un état fédéral pour la France signifierait
des régions à forte identité locale qui
pourraient rendre obligatoire l’utilisation de langues
régionales dans des textes officiels, comme c’est
le cas en Suisse pour le romanche. Ce serait aussi l’occasion
de faire exploser l’éléphant éducation
nationale. En effet les Suisses disposent d’un système
scolaire différent dans chaque canton. On peut également
imaginer que chaque région dispose d’un système
judiciaire complet. Un Niçois n’aurait donc pas
besoin de se déplacer à Aix-en-Provence pour
se rendre à une cour d’appel par exemple.
Une Europe confédérale quant à elle
sauvegarderait l’indépendance des Nations. Mais
cette indépendance ne doit pas être mal comprise.
En ce qui concerne la politique extérieure, il faudra
qu’elle parle d’une seule voix. La cacophonie
lors de la dernière guerre d’Irak n’a été
qu’un triste spectacle de faiblesse. C’est pourquoi
la vertu bien suisse du consensus devrait être appliquée
lors des crises internationales. Les dirigeants des états
européens devraient avoir l’obligation de se
réunir en Diète et décider de défendre
une ligne commune. Les moutons noirs, ceux qui ont plusieurs
allégeances ou ceux qu’on a soudoyés seraient
ici inopérants et l’Europe n’en serait
que renforcée !
Quant à la démocratie directe, les Français
et les Bataves ont pu goûter au délice d’envoyer
sur les roses la classe politique lors du référendum
sur la constitution européenne. Ils doivent maintenant
exiger que ce droit existe aussi pour les autres sujets d’importance.
Mais cette exigence ne doit pas se réduire à
un chauvinisme souverainiste. Tout comme nous, Suisses, ne
devrions méconnaître ce qui se passe hors de
nos frontières.
À l’heure où les régions charnelles
meurent asphyxiées, où les blocs civilisationnels
prennent forme et s’affermissent et où la survie
de l’Europe est plus que jamais en jeu, il est grand
temps de changer nos institutions et de donner un second souffle
à l’union des peuples d’Europe. Jamais
ne doit s’éteindre la flamme de la liberté
qui est née dans des cœurs européens, jamais
ne doit mourir la civilisation pour laquelle se sont battus
nos pères !
Yohan Dupuis
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