
Les visiteurs de Cherbourg
On connaît les parapluies de Cherbourg, on a entendu
parler de ses vedettes, de son arsenal, de l’usine atomique
toute proche et de la cité de la mer. On connaît
moins ses visiteurs célèbres.

Ville frontière et port abrité, Cherbourg a
une très longue histoire qui se confond avec celle
de la France. Elle a été l’une des places
les plus fortes de l’Europe et elle a soutenu les plus
longs sièges par la seule valeur de ses citoyens. Investie
à plusieurs reprises par les Anglais, frappée
par la peste, elle ne s’est jamais laissée dominer.
Sa position géographique face à l’Angleterre
et sa rade facile à protéger la prédestinaient
à devenir une base maritime de premier plan.
Mais il fallut attendre la fin du XVIII° siècle
et la volonté d’un roi pour que de gigantesques
travaux soient entrepris et fassent de Cherbourg le grand
port de guerre qu’il est devenu sur la Manche, à
l’extrême pointe du Cotentin. Désormais,
les visites de personnalités vont se succéder,
plus nombreuses qu’à Brest ou qu’à
Toulon.
Le premier visiteur célèbre fut Louis XVI en
personne. Il arriva à Cherbourg le 22 juin 1786 et
y fut reçu pendant deux jours au milieu de la liesse
populaire. Il inspecta les travaux de construction de la grande
digue et assista à un exercice de combat naval au large.
Dans le programme des festivités qu’on lui réservait
figurait l’embrasement d’un navire. Il s’y
refusa, préférant laisser aux pauvres le fruit
de la vente de ce bois. Trois ans plus tard, l’histoire
ne dit pas si le souvenir ému des louanges populaires
soutint le roi dans la tourmente qui allait l’emporter.
Cherbourg est en tout cas l’une des rares villes de
France à posséder aujourd’hui une rue
Louis XVI.
L’empereur Napoléon Ier et l’impératrice
Marie-Louise arrivèrent à Cherbourg le 26 mai
1811. Cette année-là, l’étendue
des frontières de l’Empire donnait la mesure
de la puissance de la France. C’est donc au sommet de
sa gloire que Napoléon va arpenter pendant quatre jours
l’arsenal, les forts, les digues et plusieurs vaisseaux,
de la cale au pont. Le tonnerre des bouches à feu qui
saluèrent l’empereur ne laissèrent pas
penser qu’il s’agissait d’un colosse aux
pieds d’argile.
Une statue équestre de Napoléon domine toujours
l’ancienne plage de Cherbourg. Les Allemands n’y
ont pas touché durant l’Occupation.
Le Président Félix Faure vint accueillir le
tsar Nicolas II à Cherbourg le 5 octobre 1896. La tempête
se déchaîna sur la ville et les parapluies étaient
de rigueur. Malmené par les vagues, le canot impérial
eut bien du mal à accoster. Des feux de Bengale embrasèrent
la montagne du Roule, des feux d’artifice furent tirés
des jetées, les faisceaux des projecteurs de tous les
navires en rade des escadres russes et françaises balayèrent
le ciel sombre. Le spectacle fut extraordinaire.
Aujourd’hui encore, deux rues parallèles et voisines
rappellent cet évènement : la rue de France
et la rue de Russie.
Des activités civiles ont succédé aux
activités militaires, mais l’image nationale
aussi bien qu’internationale de la ville a continué
de s’affirmer. Passerelle des nations au temps des rois,
des empereurs et des tsars, Cherbourg pourrait redevenir le
port d’accueil de la nouvelle Europe. En attendant,
venez donc visiter la ville : la rade est grandiose, les habitants
modestes et les rues pittoresques.
Mathias Guise
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