Tags et graffs : une colonisation graphique des murs de nos cités


Eux aussi, ils sont partout ! Quel que soit le pays, la taille de la ville ou le niveau social du quartier, les tags et les graffs n¹épargnent aucune latitude ni aucun paysage. “Mode d'expression” voire oeuvres d¹art pour quelques-uns, calamités pour les autres, ces déjections picturales méritent que l¹on s¹y intéresse de plus près, ne serait-ce que pour le contenu idéologique et ethnoculturel qu¹elles recèlent. Etiologie et prophylaxie de la pandémie.


Les tags (signatures peu élaborées) et les graffs (fresques plus complexes) sont devenus des phénomènes incontournables. Nés au sein des ghettos afro-new-yorkais dans les années 60, ils se sont répandus dans le monde entier pour constituer ce que certains sociologues qualifient de « phénomène le plus important de culture ado. depuis la naissance du rock'n'roll ».

Les tags et les graffs, comme toute image, ne sont pas neutres. Ils exercent une influence sur le cerveau de celui qui y est soumis, ce qui est susceptible de conduire à une modification de son comportement. À ce titre, ils constituent l'une des armes de La guerre des images dont parle José FRÈCHES dans son livre éponyme (1) :
« L'exploration du cerveau apporte la preuve scientifique de l'influence réciproque qui s'exerce entre la perception visuelle et le comportement des individus. En somme, les informations visuelles parcourant les synapses de la rétine ne sont jamais neutres ni gratuites. La rétine amène au cerveau les supports d'information d'une image, à charge pour celui-ci de les décrypter et de les traiter. La combinaison d'informations élémentaires produit des données de plus en plus complexes : la couleur, la profondeur, l'intensité, l'orientation, le contraste, c'est-à-dire tout ce qui aboutit à former une image. Cette image n'est plus extérieure au cerveau. Lorsque celui-ci l'a traitée, il en est imprégné comme une éponge gorgée de liquide. La conclusion est simple : à moins d'être aveugle, une image ne peut jamais se refuser.»Cette guerre des images, menée contre l'imaginaire et l'esthétique des peuples européens, s'inscrit dans une double conquête : culturelle (américanisation des pensées et des comportements) et ethnique (marquage de territoire par les bandes de jeunes issus de l'immigration).

Le tag : un "art" qui n¹est pas innocent

Les tags et les graffs ne sont que les éléments graphiques de la culture hip-hop, culture de rue à forte connotation ethnique, qui recouvre aussi d'autres expressions : musicale (rap), danse (smurf, breakdance), vestimentaires (casquettes, look racaille...), ou comportementale (logique et violences tribales). Ces autres composantes tendent d¹ailleurs elles aussi à envahir les ondes et les écrans (présence croissante dans les messages publicitaires du rap, raï, de "jeunes des cités", etc.). La banalisation, la pénétration de ces images dans l'esprit du public (qui finit par les tenir pour des éléments "normaux" du décor) participent à une double conquête culturelle des mentalités européennes :- une américanisation ou plus exactement une "négro-américanisation" culturelle puisque la culture hip-hop est issue à l'origine du ghetto noir new-yorkais. Pour Claudine MOÏSE (2), « la culture hip hop reprend les luttes menées par Martin Luther King, Malcom X et les Blacks Panthers. Le rap parle de l'oppression subie par la communauté noire, de l'histoire de l'esclavage, des revendications pour l'égalité.»
- une "arabo-islamisation" culturelle compte tenu de l'importance des jeunes issus de cette immigration dans le phénomène des tags, lequel se caractérise en France par des éléments graphiques typiquement maghrébins (calligraphie arabe, référence à l'Islam).
Cette banalisation conduit à un véritable formatage des goûts du public dans un sens ethniquement correct.
« À moins d¹être aveugle, une image ne peut jamais se refuser. »