
"Au commencement était l’action"
Goethe
Étymologiquement le « militant », du latin
« miles » (soldat) est un combattant qui impose,
armes à la main, ses idées. Que veut dire être
un militant en ce début de millénaire? Assistons-nous
à l'émergence de nouvelles formes de militantisme
du fait de techniques inexistantes jusque là, en particulier
l'Internet? Y a-t-il parallèlement des permanences
dans le combat militant, dans ses enjeux et dans ses dangers?
Les causes qui justifient l'engagement aujourd'hui diffèrent-elles
des causes passées?
Le militantisme a sans conteste une permanence : il est
dans la nature de l'homme d'exprimer et de défendre
ses idées. Il a aussi changé car nous sommes
dans une société ultra-relativiste où
chaque opinion prétend valoir toutes les autres et
à se titre obtient le droit de s'exprimer.
Ainsi l'acte de militer semble être un passage obligé
de la vie de chacun mais le corollaire est que c'est une mode,
une passade, un hobby. Ainsi on est un militant pour le droit
au logement, militant anti-fasciste, militant anti-spéciste,
militant écologiste, militante féministe, militant
anti-OGM voire un militant nationaliste avant de devenir un
bon bourgeois complaisant lorsque le travail, les enfants,
et les paiements d'emprunt de la maison commencent à
nous accaparer.
Ce constat pessimiste et ne tenant pas compte des exceptions,
notamment de certaines personnes qui sont interviewées
dans ce dossier, mérite que l'on se demande en quoi
le relativisme a un impact sur le militantisme. Ce dont souffre
le militantisme, c'est qu'aujourd'hui toute opinion semble
se valoir à l'exception bien sûr de tout ce qui
est rangé, à tort le plus souvent, dans la catégorie
« extrême droite ». Ainsi, si chaque idée
ou personne qui l'exprime se vaut, la lâcheté
se compare au courage, l'honnêteté est éclipsée
par la tricherie, le juste n'est pas plus reconnu que le mauvais.
Chacun devient libre de ses choix et de mener sa vie comme
bon lui semble, loin de toute référence morale,
et interdit catégoriquement à ses pairs de le
juger. La raison essentielle de cette dérive du militantisme,
c'est la perte de son aspect charnel. Militer, c'est avant
tout prendre un risque physique.
S'il y a un changement dans le militantisme, c'est bien
que pour beaucoup, le choix de militer implique peu de sacrifices.
Le militantisme dans une société relativiste
consiste à un choix de mode comparable à un
choix de vêtement et ayant les mêmes implications.
Si je milite dans une association luttant contre la pauvreté,
on ne peut pas me retirer qu'il y a là dedans un choix
altruiste mais aussi profondément éloigné
du sens premier du militantisme. À moins de donner
sa chemise à celui qui a froid, de sacrifier quelque
chose qui nous est utile, l'implication sur ma vie est minime.
Cela m'amène aux moyens de luttes. Le militant moderne
est principalement virtuel. On milite à la télé
ou sur Internet. On milite sous un faux nom derrière
un écran en participant à un forum de discussion.
Si cette action est valable et permet de toucher des milliers
de personnes instantanément comme peut le faire un
site d'information indépendant comme Novopress par
exemple, il manque une dimension importante du militantisme
qui est celle du risque. Lire un site n'est pas un acte de
militantisme plein si l'on ne sacrifie rien. Les idées
sont belles et sont des outils puissants mais on ne prêche
jamais mieux que par l'exemple. On existe vraiment que si
l'on investit le réel et pour cela il faut souvent
prendre des risques physiques. Sans militantisme de terrain,
pas d'associations, pas de locaux, pas de moyen de rejoindre
et de former les générations futures et surtout
pas de test pour mesurer la valeur véritable d'un engagement.
Pourtant, il faut le rappeler, il y a, et particulièrement
dans les milieux identitaires et nationalistes, des expériences
qui témoignent non seulement de la permanence du militantisme,
mais aussi de son utilité sociale. Lorsque l'on parle
de courage physique ou professionnel, de sacrifices financiers,
de véritables soldats politiques, on trouve les plus
beaux exemples parmi ces hommes et ces femmes. Loin d'être
tous virtuels, certains donnent beaucoup de temps, d'argent,
quelques contusions ou heures de garde à vue. Et cela
n'est jamais en vain, que cela soit pour passer le relais
entre les générations ou pour faire émerger
un débat dans la société, le militantisme
reste nécessaire dans nos sociétés.
Dans ce numéro, en plus des rubriques habituelles
que sont le bloc militant, la conversation identitaire ou
le carnet de voyage vous découvrirez notre dossier
traitant du militantisme par plusieurs angles : le rôle
des femmes dans ce dernier, des interrogations sur le possible
crépuscule des militants mais aussi des témoignages
de militants de longues dates comme Fabrice Robert, Dominique
Venner , Alain de Benoist dont les actes ont sans nul doute
influencé leur temps. Ce sera aussi, je le pense, une
occasion pour chacun d'entre-nous de revenir sur son propre
parcours militant.
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