
Mont-Louis
La
France célèbre cette année le tricentenaire
de la mort de Vauban, décédé à
Paris le 30 mars 1707 et enterré à Bazoches,
dans le Morvan. Cet ingénieur et architecte militaire,
nommé Maréchal de France par Louis XIV, a créé
ou amélioré plus de 180 forteresses et donné
son nom à un type d’architecture militaire connu
et redouté dans toute l’Europe : le système
Vauban.
L’une des œuvres les plus caractéristiques
de cet architecte de génie est la citadelle de Mont-Louis.
Conçue entièrement par Vauban et construite
en moins de trois ans, cette place forte est située
dans le département des Pyrénées-Orientales.
Elle a été bâtie pour défendre
la Cerdagne et protéger le Roussillon. Complété
vers 1889 par des batteries annexes, cet ensemble fortifié
offre une remarquable illustration de la fortification de
montagne.
Son originalité tient à plus d’un titre.
C’est d’abord la ville fortifiée la plus
haute de France avec ses 1.600 mètres d’altitude.
C’est ensuite la mieux conservée. C’est
aussi l’une des six villes fortifiées en France
créées à partir de rien. On retiendra
enfin qu’elle a été construite en un temps
record : vingt-neuf mois ! C’est en effet en 1679 que
Vauban conçoit l’ensemble des fortifications
de Mont-Louis et c’est en 1681 que les travaux sont
entièrement terminés et la citadelle considérée
comme apte à la défense.
Son emplacement a été particulièrement
bien choisi, au carrefour de trois vallées délimitant
trois territoires : le Conflent qui descend vers Perpignan
et la Méditerranée par la vallée de la
Têt, la Cerdagne qui s’ouvre vers l’Espagne
en passant par le col de la Perche, et le Capcir qui rejoint
Quillan par la vallée de l’Aude.
Vauban rédige et expédie à Louvois,
secrétaire d’Etat à la guerre, les instructions
détaillées de son projet : financement, matériaux,
main d’œuvre, chantier et plan. Ce dernier prévoit
une ville fortifiée et une citadelle, l’ensemble
répondant aux exigences militaires et répartissant
harmonieusement les activités de commandement, de combat
et de vie civile. Un chef d’œuvre d’urbanisme.
Près de 4.000 soldats, encadrés par des artisans
et des ingénieurs s’attellent à cette
tache titanesque.
La construction achevée, la place forte remplit son
office en renseignant sur notre turbulent voisin espagnol
et en lui interdisant le passage. De 1793 à 1803, Mont-Louis
s’appellera Mont-Libre et continuera à repousser
les Espagnols qui seront défaits au col de la Perche
par les troupes du général Dagobert. Par la
suite, la valeur défensive de la citadelle s’attache
davantage à sa position stratégique qu’à
la hauteur de ses murailles. Mont-Louis sert alors successivement
d’entrepôt, de prison, puis de camp de réfugiés
pendant la guerre d’Espagne de 1936. Occupée
par les Allemands durant la seconde guerre mondiale, elle
redevient une ville de garnison française en 1946 et
n’a pas cessé de l’être depuis.
Cependant, au patrimoine militaire est venu s’ajouter
le patrimoine industriel avec l’expérimentation
du four solaire à l’abri de ses murs. Sentinelle
de pierre installée par la volonté et le talent
d’un homme – et les bras de plusieurs milliers
–, Mont-Louis reçoit de nos jours la visite de
nombreux touristes, attirés aussi bien par l’originalité
de ce site remarquable que par l’ensoleillement exceptionnel
de la région. Nul doute qu’ils seront plus nombreux
encore cette année pour assister aux cérémonies
marquant le tricentenaire de la mort de Vauban, le concepteur
de la ville fortifiée.
Mathias Guise
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