Violence et politique
A l’exception notable des croisades contre les « fascistes » de tous poils (rouges, bruns, verts, noirs…), sortes de croquemitaines échappant à l’humanité et donc aux règles morales qui la régissent ordinairement, jamais aucune époque n’a si totalement et vigoureusement condamné le recours à la violence et l’usage de celle-ci quelles que soient les circonstances et les justifications. Haro général et absolu sur la violence physique, dénoncée à longueur de colonnes et d’émissions télévisées comme un résidu anachronique des temps les plus ensauvagés. Pour nos doctes commentateurs, tout est très clair : le barbare est violent, l’homme civilisé est pacifique. Cet axiome s’applique bien évidemment directement au politique qui devient le lieu de la « discussion » et de la « gestion » et non plus celui de la « confrontation » et de « l’affrontement ». Dans une telle optique, le coup de poing se transforme presque en un appendice du crime contre l’humanité.
Cette volonté d’éradiquer totalement la violence (pourtant ontologiquement liée à la psycho-physiologie humaine et régulatrice naturelle des rapports sociaux quotidiens) est d’autant plus inepte et potentiellement désastreuse pour l’individu que la société globale dans laquelle il se meut est de son côté de plus en plus structurellement violente. En effet, si la violence physique directe reste plus ou moins cantonnée (certes de moins en moins efficacement mais malgré tout encore assez largement) à quelques zones géographiques aux périphéries des grandes cités, la violence symbolique, économique et psychologique, elle, explose littéralement, se répandant dans tous les rouages de la vie collective pour devenir le mode de fonctionnement « normal » des relations sociales. Diktats idéologiques, dénonciations « citoyennes », pression économique, instabilité sociale, imposition pornographique, compétition sentimentale, menace terroriste, sentiment d’insécurité… tous ces éléments paroxystiquement violents ont été peu à peu « institutionnalisés » par la modernité pour devenir la toile de fond permanente de l’existence de l’homo-consumans version 2008.
Ainsi, alors que la violence de son environnement se radicalise au profit d’une superstructure toute entière vouée aux profits de l’oligarchie capitaliste, on dénigre, condamne et fustige (dévirilisation, culpabilisation, création du statut de « victime fière et bienheureuse » car mieux vaut être une victime qu’avoir eu recours à la violence pour se défendre…) les éléments de la nature profonde de l’individu qui pourraient lui permettre d’affronter ce contexte ensauvagé, le combattre, et, pourquoi pas, le vaincre pour en bâtir un autre arraché à cette folle spirale. Ici la négation de toute légitimité à la violence, notamment politique, apparaît clairement comme une stratégie visant à désarmer un peuple contraint de vivre frileusement sous l’aile d’un Etat qui, seul et unique bénéficiaire d’une autorisation exceptionnelle d’usage de la violence, est sensé le protéger d’une multitude d’ennemis et de menaces dont il est en réalité le complice avéré voire le géniteur.
C’est pourquoi il est utile de rappeler que la « non violence » n’est digne et porteuse de sens que si existe réellement la possibilité de cette violence, c'est-à-dire si elle est un vrai choix et non la simple conséquence d’une faiblesse, d’une résignation ou d’une lâcheté. En bref, il faut avoir la capacité de donner des coups pour que soit respectable le fait de les retenir. En politique, comme l’histoire l’a maintes fois démontré, la violence ne doit évidemment jamais être une fin, elle est cependant souvent un moyen, parfois une juste et impérieuse nécessité et doit en tout cas toujours rester une possibilité.


Pékin après les Jeux Olympiques

Pour assurer la sécurité des installations sportives, des touristes, des délégations et des officiels contre toutes les causes perdues du pays, les autorités chinoises ne voulant surtout pas qu'un deuxième Tian An Men ne se produise lors de la médiatisation planétaire de Pékin, ce sont près de 80.000 policiers, 100.000 militaires d'unités spéciales, 300.000 caméras de surveillance qui sont en poste dans la ville. A cela il convient d'ajouter que quatre régions militaires (Pékin, Jinan, Shenyang, et Nankin) tiennent un million et demi de soldats en état d'alerte. Le système est une dictature militaire communiste, il le restera, mais ce système se cache des objectifs des caméras occidentales et présente ses cerbères comme luttant contre d'éventuels terroristes. L'armée, garante historique des institutions de Chine, ne va rien laisser passer et forcera un retour aux vieilles valeurs une fois les derniers touristes olympiques partis.


Cuir noir, Coeur noir

Cette fraternité, c’était avant tout une fraternité virile. Une virilité éprouvée dans l’adrénaline, la sueur et le sang… c’est-à-dire dans la violence. Difficile de décrire le climat d’alors et notre état d’esprit. Des coupures de presse aideraient peut-être. Elles pourraient par exemple montrer ces dix jours où, à Nice, cinq attaques avec des grenades à gaz lacrymogènes furent répertoriées (deux Mc Donald’s, une conférence de la Ligue des Droits de l’Homme, un cinéma projetant un documentaire de soutien aux clandestins, etc.). La violence nous semblait le seul ressort, l’unique moyen d’exister dans un champ politique dont nous nous sentions complètement absents. Il y a fort à parier que sans cette dimension violente, la majorité d’entre-nous n’auraient jamais mis un pied dans l’action politique. La violence pour défendre notre territoire (fut-ce un territoire « idéologique »), et évidemment la meilleure défense étant l’attaque selon le dicton, nous allions régulièrement porter le feu en territoire ennemi. Gazages, descentes, attaques se sont succédées pendant ces quelques années à un rythme bien plus important que tractages ou collages.