
Dropkick Murphys : ode à la famille
Pour les skins ou anciens skins qui liront cet article, et il y en a certainement parmi les lecteurs de ID Mag, les Dropkick Murphys (1) ne sont pas des inconnus ! Certains d'entre eux les connaissent même depuis leurs débuts et ils m'ont sûrement acheté leurs premiers 45T dans les années 96-97. A cette époque les Dropkick n'étaient pas encore en vente à la Fnac et à part chez Riton (S.P.E), Franck (I.F.B.V.Y.F) et moi (One Voice – Working Class) on ne les trouvait nulle part ailleurs en France. Ils faisaient encore partie de ce monde parallèle, underground, invisible aux yeux du grand public, mais déjà soutenus par une poignée d'aficionados, irréductibles et fidèles. Aujourd'hui Martin Scorcese fait appel à eux pour la B.O. de son film "Les Infiltrés", ce qui leur a permis au passage de vendre 250 000 exemplaires en ventes digitales de leur morceau "I'm shipping up to Boston". La gloire ! Que de chemins parcourus en onze ans, bien des choses ont changé pour eux et tant mieux car leur succès il le mérite amplement.
Leur succès ils le doivent à leur force de travail et leur persévérance : leurs premiers 45T sont sortis sur leurs propres labels (Flat Rcds le label de Ken le bassiste ou T.K.O Rcds celui de Matt le batteur) ou bien sur d'obscurs petits labels punks américains (Cyclone, G.M.M, Pogostick) et Matt se chargeait de les distribuer par correspondance à travers le monde. Les pressages oscillaient entre 1000 et 6000 exemplaires ... pas de quoi faire bouillir la marmite ! Leur ascension commence réellement avec le coup de pouce de Tim Armstrong (2), le chanteur de Rancid, qui les signe sur son propre label : Hellcat Rcds, une division de la grosse machine Epitaph. Lorsque le talent rencontre la grande distribution forcément les choses s'accélèrent ! Mais pour un Dropkick qui réussit combien d'excellents groupes crèvent dans leur coin faute de se faire entendre ? Les magazines commencent à s'intéresser à ces Irlando-américains, ils sont invités à jouer dans de grands festivals et partagent l'affiche avec de grosses pointures Punk & Hardcore. Aujourd'hui "The meanest of times", leur sixième album studio est distribué par Warner, tout semble donc rouler pour ces Bostoniens.
Les DKM ont grandi, mûri, vieilli... ils ont pris de la bouteille ! Dans ce nouvel album le thème récurrent est la famille, tant et si bien qu'ils auraient pu l'appeler "Ode to my family" si le titre n'avait pas déjà été utilisé auparavant. L'expérience de la vie les a marqués, les textes sont plus sérieux, plus posés, nous sommes loin des petites historiettes où un skin vole le métro de Boston ! Comme tous les trentenaires approchant de la quarantaine, ils se recentrent sur l'essentiel, le primordial, c'est à dire la famille. Dans le livret, la note expliquant le morceau "Never Forget" précise : "Une chanson sur ce qui est réellement important quand tout a été dit et tout a été fait" et sur leur site ils sont encore plus explicites : "Une ode sur ce qui compte réellement dans la vie : la famille". Des gosses en photo sur la pochette, des gosses qui ont du mal à échapper aux influences de leur quartier dans "Famous for nothing", des gosses qui paient les pots cassés de parents irresponsables dans "The state of Massachusetts", on sent bien qu'une page se tourne, qu'il est temps maintenant de vivre une vie d'Homme avec ses contraintes, ses tracas, ses responsabilités mais aussi ses instants de bonheur que procurent la paternité. "Echoes on ''A'' street" salue la patience d'une épouse restée au foyer alors que son mari est au loin, en l'occurrence sur la route lorsqu'il est musicien. L'importance de dire aux gens qu'on aime... qu'on les aime, tant qu'ils sont encore en vie, dans "God willing". Le droit a une seconde chance dans la vie après de "grosses bêtises" dans "I'll begin again", ou bien une critique du monde moderne où il faut travailler toujours plus pour gagner toujours moins dans "Tomorrow's industry". Dure réalité, par les thèmes abordés dans cet album on voit bien que la maturité est là.
Maturité aussi musicalement. La voix de Al Barr (ex-chanteur des gigantesques Bruisers (3)) s'accorde parfaitement en écho, en réponse, à celle de Ken Casey le bassiste, même si pour ma part je reste un nostalgique de Mike McColgan le premier chanteur qui aujourd'hui chante dans Street Dogs (4), un autre excellent groupe de Boston. Les DKM veulent devenir les AC/DC du Celtic Punk, la formule est bien trouvée car il est vrai qu'ils sont l'inventeur de ce genre musical, original, alliant folklore celtique et aggressivité punk, genre qu'ils maitrisent parfaitement et qui a fait de nombreux émules : Flogging Molly (5), Flatfoot 56 (6), Blood or Whiskey (7) ou bien encore nos Bagadou Stourm bretons. Mais les DKM ne se contentent pas d'être un groupe punk avec un biniou ! Ils ne se contentent pas d'une petite intro à la cornemuse avant d'envoyer la grosse artillerie ! Non, ici les guitares saturées se marient parfaitement avec la flute, le banjo ou la mandoline. Ils maîtrisent leur art. Les morceaux hargneux, rugueux, incisifs sont exécutés d'aussi belles manières que les ballades folks ou les morceaux plus intimistes.
A l'écoute de cet album plusieurs envies nous tenaillent : aller se déchaîner au milieu d'un pogo furieux, siroter tranquillement une pint de Guiness dans un pub de la verte Erin, réécouter l'intégrale des Dubliners et des Pogues, revoir "les Infiltrés" et "Michael Collins", et relire John Millington Synge et William Butler Yeats. Car c'est ça la force de Dropkick Murphys : ils arrivent à nous transporter ailleurs sans jamais nous couper de la dure réalité. "Cette triste réalité qui m'invite à pleurer". Bravo les gars ! Bon travail !
Rosco
1Dropkick Murphys : "The meanest of times". http://dropkickmurphys.com/
2Les amateurs de reggae-rock doivent se jeter sur l'album solo de Tim Armstrong : "A poet's life".
3http://www.thebruisers.net/
4http://www.street-dogs.com/
5http://www.floggingmolly.com/
6http://www.flatfoot56.com
7http://www.bloodorwhiskey.com/
Geist – Apocalyptica
Sortie en décembre 2007 du premier album du groupe Geist intitulé "Apocalyptica". Dans un style très contemporain, Geist propose une musique sombre et ambiante, véritable bande son apocalyptique d'un monde qui décline. Pour illustrer sa musique, il s'est attaché les services du photographe Markus Belloni. Les photos qui ont pour cadre les mines de potasse d'Alsace, servent de support visuel dans un livret de 16 pages. L'association des photos et de la musique nous donne un regard original et nouveau sur cette friche industrielle en ruine, témoin du glorieux passé industriel de l’Alsace, que ses habitants croisent tous les jours sans prendre le temps de la regarder, ni même de la voir, tant chacun est désormais emporté par le tourbillon de la modernité et du quotidien. Ce CD digipack avec un livret photo de 16 pages est une production ElsassKunst, division de l’association culturelle Vosegus totalement dédiée à la création artistique.
Foienoord – Foienoord
Foienoord est une formation oi ! nous venant tout droit des Pays-Bas. Cet opus est un mélange de reprises et de composition. Leurs paroles sont entièrement consacrées au club de football local (comme le nom l’indique très clairement) et à Rotterdam et sa banlieue. Les reprises nous ramènent au cœur des années 70-80 avec des titres de Cock Sparrer, The 4 Skins, The Exploited ou bien The Blitz. Enfin pour finir, les amateurs de ballon rond ne seront pas insensibles à la version oi ! de l’hymne de Feyenoord "Hand in hand". Après les excellents Discipline (supporters du PSV Eindhoven) les tribunes turbulentes de l’autre pays du fromage nous invitent donc à découvrir Foienoord.
Disques disponibles chez www.alternative-s.com
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